Dans la Presse : 1 200 contre l'austérité à Revin

Inédit mais réussi. La manifestation départementale organisée hier à Revin en soutien aux « Electrolux » a rassemblé cinq organisations syndicales. Et plus d'un millier de personnes.

Soutien Electrolux

EN raison de l'actualité sociale, le site de Revin a servi de cadre hier après-midi à la première « journée européenne contre les politiques d'austérité ». Rien de plus normal. La tourmente dans laquelle sont pris les 419 salariés d'Electrolux illustrant parfaitement l'état d'urgence dans lequel se trouve à nouveau Revin et le département. De plus, le problème concerne un effectif français, travaillant pour un groupe suédois qui veut délocaliser la production en Pologne. Bref, un sujet totalement européen.

L'occasion et l'endroit étaient donc de circonstance pour la plateforme syndicale CFDT, CGT, FSU et Unsa mais aussi Force Ouvrière (qui avait finalement intégré le mouvement) afin d'afficher sa solidarité avec les « Ardam », menacés d'une fermeture de leur outil de travail en 2015.

L'appel de la confédération européenne des syndicats a ainsi reçu un large écho, le cortège qui s'est rendu de l'usine Electrolux à la mairie ayant rassemblé 1 200 personnes.

« Pas mal » selon certains. « Insuffisant pour un rassemblement à caractère départemental », regrettaient les locaux de l'étape.

D'emblée, les responsables des unions départementales se sont, chacun, fendus d'une prise de parole. Un moment où les oreilles des élus de gauche ont dû siffler… Morceaux choisis.

Daniel Blondeau (FO) a donné tout de suite le ton : « La politique de rigueur et la hausse de la TVA vont ''plomber'' le pouvoir d'achat des salariés, déboucher sur une montée inacceptable du chômage et donc plus de misère. »

Pascal Lattuada, futur successeur de son frère Patrick à la tête de la CGT, veut créer un rapport de force pour amener nos gouvernants à réorienter leur politique en faveur des salariés : « On ne veut pas du pacte national pour la croissance mais une véritable revalorisation du travail. Car c'est le travail qui est créateur de richesse et le capital qui coûte cher. Malheureusement, aujourd'hui, c'est la voix du Medef qui dicte sa conception du monde. »

Pour Pascal Louis (Unsa), la situation d'Electrolux par son « décalage social » colle parfaitement à l'actualité. « Le géant suédois délocalise non pas parce que ça ne rapporte pas ici mais parce que ce n'est jamais assez pour des vautours. »

Pour Didier Janin (FSU), « les pouvoirs publics et la classe politique ont une responsabilité dans la situation que nous connaissons. Il est temps de rompre avec les dumpings fiscaux et sociaux qui donnent toujours moins aux salariés et toujours plus à une minorité de privilégiés. » Dommage que le gouvernement se révèle « plus sensible aux pressions de certains lobbyings comme celui des ''pigeons'' qu'à la mobilisation sociale. » Et v'lan…

Sylvie Cochard (CFDT), la plus mesurée, a pour sa part proposé des réponses concrètes aux difficultés des travailleurs : « La négociation d'un contrat social, des mesures de relance au niveau européen afin de renouer avec une croissance durable et favoriser l'emploi plus un desserrement concerté des calendriers de retour à l'équilibre budgétaire ».

Après cela, les manifestants ont sillonné Revin deux heures durant pour rallier la mairie. Avec un passage obligé dans le quartier de la Bouverie où débuta l'industrialisation locale avec les implantations de Faure (1863), Porcher (1886) et Arthur-Martin (1891) dans des bâtiments désormais reconvertis en… locaux commerciaux (Intermarché, Bricomarché, Gitem, Bazar Land, Chausséa).

En attendant le passage du cortège, les passants ne parlaient que du gagnant de 162 millions d'euros de l'Euro Million. Drôle de contraste en pleine journée contre l'austérité…

Réunion à Stockholm le 26 novembre

Le matin, lors d'un phone-call avec la directrice du site, Agnès Lovera-Villy, l'intersyndicale d'Electrolux avait appris que la direction du groupe suédois recevrait au maximum six de ses représentants le lundi 26 novembre à Stockholm au siège. « Nous pourrons discuter du projet ARdennES avec le président de CEO Europe, Jonas Samuelson. On pourra ainsi vérifier s'il connaît tous les tenants et aboutissant de ce dossier », soulignaient Lysian Fagis et Didier Muszalski.

Lysian Fagis, Jacques Faieff, Bruno Abraham, Miguel Vassaux, David Giglio, Christophe Giboni et Didier Muszalski devraient faire partie de la délégation revinoise qui partira à Stockholm.

Forts de l'appui du gouvernement, les syndicalistes revinois disposent par ailleurs de trois mois supplémentaires pour peaufiner avec de nouvelles données - notamment l'apport du pacte de compétitivité qui amènerait 500 000 euros d'apport - un projet qu'ils présenteront avant et à plusieurs reprises aux ministères du Travail (Michel Sapin) et du Redressement productif (Arnaud Montebourg).

A ce sujet, Christophe Léonard, le député socialiste de la circonscription, compte bien faire admettre aux dirigeants d'Electrolux qu'il est plus opportun d'approvisionner 70 millions d'euros à la création de nouveaux produits potentiels à haute valeur ajoutée plutôt qu'à la fermeture pure et simple du site.

Pascal REMY Journaliste L'Union L'Ardennais