Dans la Presse : Budget rectificatif: "S'il ne reste qu'un abstentionniste, je serai celui-là"

Ce mardi, l'Assemblée nationale a adopté le projet de loi de finances rectificatif par une large majorité de gauche. Au PS, alors que les frondeurs contestaient ce texte, un seul député s'est abstenu: Christophe Léonard, élu des Ardennes. Il s'explique à L'Express.

CL et M Valls

Le député PS des Ardennes, Christophe Leonard (ici à gauche de Manuel Valls) est le seul à s'être abstenu lors du vote du projet de loi de finances rectificatif (PLFR).

Vous êtes apparemment le seul député socialiste à vous être abstenu lors du vote sur le projet de loi de finances rectificatif (PLFR) alors que plusieurs dizaines de vos collègues baptisés les frondeurs contestaient ce texte. Que s'est-il passé?

Je ne me l'explique pas. Chacun vote en conscience, en fidélité avec ses idées.

Quelles sont les vôtres?

On ne peut pas transférer des charges des entreprises vers les ménages sans s'assurer que l'argent dégagé contribue à créer de l'emploi. Il faut des garde-fous, instaurer un fléchage de cet argent dépensé pour les entreprises vers les 34 plans de reconquête industrielle, annoncés par le ministère du Redressement productif. Avec ce texte, on en reste au stade des bonnes intentions. On ne peut pas dire aux Français: on augmente vos impôts pour créer des emplois et ne pas s'assurer que ce sera effectivement le cas.

Ce souhait d'introduire plus de contreparties au pacte de responsabilité est repris par nombre de vos collègues et pourtant, vous êtes le seul à vous être abstenu...

Oui, mes collègues sont d'accord avec cette idée mais le sujet, c'est de l'acter dans la loi. Certains renvoient aujourd'hui le débat au projet de loi de financement rectificatif de la sécurité sociale (PLFRSS examiné cette semaine par l'Assemblée et voté mardi prochain, ndla).

Peut-on dissocier PLFR et PLFRSS alors que ces textes incarnent tous les deux le pacte de responsabilité voulu par le gouvernement?

Chacun fait en fonction de ce qu'il croit devoir faire. Moi, j'ai une réalité économique sur mon territoire. Je suis député des Ardennes, je vote en conscience. Je me suis déjà abstenu le 29 avril (lors de la déclaration de Manuel Valls sur le programme de stabilité, ndla). On ne pourra pas me reprocher d'être incohérent.

Mais vous êtes seul...

La séquence "pacte de responsabilité" ouverte le 31 mars, au lendemain des municipales, se refermera lors du vote du budget rectificatif de la sécurité sociale. On l'analysera à ce moment-là. Mais comme on dit: "S'il doit n'en rester qu'un, je serai celui-là."

Matthieu DEPRIECK Journaliste L’Express