Dans la Presse : Cantonales : le département pourrait basculer

Nouveau mode de scrutin oblige, les prochaines cantonales, prévues pour 2015, pourraient permettre à la gauche de s'emparer de la majorité départementale.

Leonard - Campagne 2012

CISEAUX dans une main et calculette dans l'autre, les élus de droite comme de gauche s'activent depuis des semaines à bâtir des simulations relatives au prochain scrutin cantonal. Simulations d'autant plus complexes à réaliser que si l'on connaît précisément les nouvelles règles du jeu, nul ne sait encore comment elles seront appliquées dans les faits…

La nouvelle donne, qui chamboule pas mal de choses, a pris la forme d'une loi proposée par Manuel Valls et adoptée malgré un forcing des parlementaires d'opposition. Elle introduit deux nouveautés majeures : dans chaque département, le nombre de cantons sera divisé par deux ; dans chacun de ces cantons « nouvelle formule », on élira un duo homme-femme (voir ci-dessous). Sachant qu'au final, dans les Ardennes, la gauche pourrait ravir la majorité à la droite.

Tous deux parlementaires et conseillers généraux, Benoît Huré (UMP) et Christophe Léonard (PS) nous proposent sur plusieurs points précis leur grille de lecture

Fallait-il réviser la carte cantonale ?

Benoît Huré (UMP): « La carte actuelle des cantons mérite à l'évidence une révision. Elle date de plus d'un siècle et a été dépassée par l'histoire. L'approche démographique, qui vise à éviter de trop grandes différences de population entre les cantons d'un même département, est incontournable. Mais il va falloir prendre garde à ne pas délaisser les zones rurales. »

Christophe Léonard (PS): « Les cantons n'ont pas bougé depuis deux siècles, alors que la démographie des territoires a considérablement évolué. Le canton de Tourteron compte 1 300 habitants, celui de Charleville centre 13 000. Pourtant, lors des votes, les voix des élus de ces deux cantons pèsent du même poids. Il est nécessaire de rééquilibrer autour d'un chiffre moyen d'habitants par canton. »

Quelle place pour les zones rurales ?

Benoît Huré : « Les secteurs ruraux sont par définition les moins peuplés. Ce sont donc ceux qui vont perdre le plus de cantons. Il me paraît pourtant indispensable de prendre en compter les spécificités rurales, notamment en regardant le nombre de communes par canton. Réduire les écarts, oui, mais il faut accepter l'idée que certains cantons, en Argonne ou en Thiérache notamment, soient moins peuplés que les autres, sinon la nouvelle carte n'aura aucun sens. »

Christophe Léonard : « La crainte des élus de droite est de voir le monde rural pénalisé. Je pense plutôt qu'on va le rééquilibrer en réduisant son morcellement. De nombreux élus ruraux actuels estiment que la carte existante ne correspond pas aux attentes de la population : on a actuellement 37 élus qui se battent parfois comme des chiffonniers pour leur pré carré respectif. Les futurs élus ruraux seront les représentants d'espaces plus larges et seront mieux entendus. »

Les binômes, une fausse bonne idée ?

Benoît Huré : « Amener plus de femmes, je suis d'accord. Mais là, avec cette obligation de faire des tickets mixtes, on est dans l'artificiel. On va se retrouver avec deux élus sur le même territoire chargés d'accomplir les mêmes missions. C'est à mon avis une source de futurs cafouillages. Sans compter le fait que la période préélectorale sera difficile à vivre : il va falloir expliquer à certains élus sortants qu'il faut faire de la place aux femmes et qu'avec deux fois moins de cantons, la collectivité n'aura plus besoin d'eux… »

Christophe Léonard : « La parité est un élément constitutionnel, elle permet une oxygénation démocratique. C'est donc un élément positif, mais j'estime qu'il faudrait aller plus loin avec un statut de l'élu qui permettrait par exemple de pouvoir faire un mandat en ayant la garantie d'un retour à l'emploi par la suite. On verrait alors des candidats venant de toutes les strates sociales, alors qu'actuellement la représentation des différentes couches de la société française n'est pas assurée, loin s'en faut. »

La gauche peut-elle devenir majoritaire ?

Benoît Huré : « C'est le ministère de l'Intérieur qui va procéder au redécoupage, les élus locaux étant simplement invités à donner leur avis. Et il n'est pas dans la tradition de la vie politique française d'associer l'opposition à ce style de travaux… Il y aura des coups de ciseaux politiciens, je le crains fortement, mais il est difficile de faire un pronostic. Les zones rurales, qui votent plutôt à droite, vont être moins bien représentées, mais la gauche y laissera aussi des plumes. Une chose est certaine, la future majorité sera plus étriquée. Et il n'y aura pas de prime au sortant, puisque certains auront disparu. »

Christophe Léonard : « La nouvelle carte va être dessinée par l'administration et les conseils généraux actuels seront consultés. Le tout sera envoyé au Conseil d'Etat qui pourra modifier ou valider et sera le juge du bon respect de la loi. Après, un bon candidat doit pouvoir s'imposer quelle que soit la sociologie du territoire concerné. Beaucoup d'élus de droite vont voir leur canton modifié, mais de là à conclure que le département peut basculer, ce serait aller un peu vite en besogne… Disons que ce nouveau scrutin permettra de rééquilibrer les forces politiques de façon utile. »

L’Union L’Ardennais