Dans la Presse : Christophe Léonard, le seul député frondeur qui ne s’est pas dégonflé

Son nom est un prénom. Pas de quoi le prédestiner à bouffer le micro, à mouliner de la fiche sur les chaînes d’info ou à faire sa star aux Quatre-Colonnes, où les journalistes avides d’un bon mot s’agglutinent autour des ténors de l’Assemblée.

Christophe Léonard 2

Christophe Léonard n’est pas le plus connu des « frondeurs ». C’est pourtant un acharné dans son genre. Ce mardi, il est le seul député du groupe socialiste à s’être abstenu sur le budget rectificatif. Ses collègues, supposés impertinents, jurent ne pas s’être dégonflés : c’est sur le projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale (PLFRSS) que ça va swinguer. Le vote est prévu le 8 juillet. Et si les « frondeurs » décident encore de se ranger derrière les légitimistes, que fera Léonard ?

« Comme on dit : “S’il doit n’en rester qu’un, je serai celui-là.” »

« Une ligne cohérente »

A l’issue du vote sur le budget rectificatif, c’est la journaliste de LCP qui l’informe qu’il est le seul à s’être abstenu au sein de son groupe. A-t-il eu un haut-le-cœur ? Le sentiment de se retourner pour se rendre compte que les meneurs se sont carapatés ? Retenu en circonscription, il n’avait pas pris part à la réunion de calage, le matin, avec ses collègues. Mais il affirme à Rue89 qu’il était au courant de leur décision :

« Il est toujours surprenant d’être le seul, mais je ne me détermine pas en fonction des autres. »

Un peu bravache, il explique « tracer une ligne cohérente ». Le député des Ardennes avait déjà pris des libertés avec la ligne majoritaire de son groupe. Il a ainsi voté contre la ratification du pacte budgétaire européen (TSCG), contre la loi sur la « sécurisation de l’emploi » et s’est abstenu sur les retraites et lors dela présentation par Valls, le 29 avril, du pacte de stabilité.

Le CICE ? De « l’argent de poche »

Lui qui a fait des études de comptabilité à l’université de Valenciennes déroule l’argumentation classique des frondeurs : il n’est pas question de transférer les « charges » des entreprises vers les ménages sans aucune garantie sur l’emploi.

Lors des discussions en séance, il prend la parole pour demander un mécanisme de contrepartie au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Il parle du groupe Electrolux, installé à Revin, qui fabrique des machines à laver. L’entreprise a décidé de délocaliser sa production en Pologne, « non pas en raison de l’improductivité des salariés de Revin, dont l’entreprise gagne de l’argent, mais parce que le groupe veut en gagner plus ». Le groupe bénéficie du CICE :

« Lors de notre rencontre avec le ministre du Redressement productif, en mars 2013, le directeur Europe du groupe Electrolux a indiqué que, en définitive, le CICE était de l’argent de poche et qu’il ne servirait pas à maintenir les emplois dans les Ardennes et en France ! »

Le dernier des Mohicans

Le primo-député, au PS depuis 1993, évoque aussi les 34 plans industriels d’Arnaud Montebourg – ces filières prioritaires dans lesquelles il faudrait investir –, le mauvais exemple de Radiall, l’entreprise de Pierre Gattaz, patron du Medef, qui a augmenté ses dividendes après avoir profité du CICE et les électeurs de sa circonscription, « dramatiquement touchés par la crise ». Derrière ses lunettes carrées (les mêmes que François Hollande), le bonhomme est bavard, un brin dramatique.

Pour l’instant, il n’aurait pas reçu d’appel de Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste, ou de Jean-Marie Le Guen, le ministre « des Tensions » avec le Parlement. Sur son site de campagne, qui n’est plus mis à jour, Léonard s’affiche encore avec François Hollande. Sa fiche de présentation fait désormais sourire :

« Christophe Léonard est soutenu par le président de la République François Hollande et l’aidera à appliquer son programme pour changer la France. »

Rémy NOYON journaliste Rue 89