Dans la Presse : CSSA, le conseil général se porte acquéreur du centre de formation

Le conseil général a pris hier la décision de principe d'acheter le centre de formation du CSSA, à Bazeilles, pour 5 à 6 millions d'euros, dans le but de « sauver le club. » L'opposition s'insurge.

chateau de Montvillers

Le feuilleton de la vente du CCSA, débuté l'été dernier, a connu hier un nouveau rebondissement inattendu. Jusque-là, on pensait en effet que l'implication du conseil général dans ce délicat dossier se bornerait à se porter caution de l'emprunt de 5,5 millions d'euros consenti par le repreneur du club pour acheter le superbe centre de formation de Bazeilles. « Nous avons réfléchi et finalement, il nous a semblé préférable de nous porter directement acquéreurs de ce centre », explique Benoît Huré. Raison pour laquelle, dans l'après-midi, en commission permanente, le Département a pris la décision de principe d'acheter ce complexe. De principe, car il faut désormais attendre que les Domaines rendent une estimation précise du prix de vente, puis que le conseil général s'engage officiellement, chiffres en main, ce qui devrait repousser la concrétisation de l'opération à la première quinzaine de janvier.

Si par malheur…

En attendant, constatant la fronde des élus de gauche (lire ci-dessous), le président du conseil général plaide à la fois l'urgence et l'intérêt des Ardennes. « Les difficultés financières du club sont connues de tous et Pascal Urano, après avoir porté le CSSA à bout de bras, sait qu'il doit se recentrer sur ses autres affaires, il n'a plus les capacités d'assurer le management et surtout le renflouement financier du club, comme par le passé. Les repreneurs, représentés par Guy Cotret, nous ont sollicités pour garantir le prêt qui devait leur servir à acheter le centre de formation. Nous avons toujours été d'accord pour jouer les facilitateurs dans ce dossier essentiel pour le département, mais se porter caution, ça peut comporter certains aléas… Après réflexion, il nous a semblé plus sage d'acheter nous-mêmes ce centre de formation et de le louer après au club. C'est d'ailleurs ce qui se fait actuellement, le CSSA versant un loyer annuel de 300 000 euros pour pouvoir profiter des installations de Bazeilles. »

Le prix de cession du centre de formation avait été fixé à 5,5 millions d'euros lors des négociations entre le repreneur Guy Cotret et Pascal Urano. On peut donc légitimement penser que l'estimation des Domaines tournera autour de cette somme. Si l'opération lancée par Benoît Huré se concrétise, il est prévu que le conseil général recoure à un emprunt pour effectuer cette acquisition. Le tout à une période où, ce n'est un mystère pour personne, les finances départementales sonnent singulièrement le creux…

« Il est certain que cela augmentera notre dette, reconnaît Benoît Huré, mais il y a urgence et il faut agir. Urgence d'avancer et de sauver le club qui est au bord du gouffre, mais également urgence pour le groupe Urano et ses 1 000 emplois sur les Ardennes. Et n'oubliez pas que le loyer versé par le club au conseil général couvrira les remboursements liés à l'emprunt. Après, à terme, une fois que les choses seront stabilisées, on peut parfaitement imaginer revendre cet équipement au club. Et si par malheur le club devait disparaître, nous resterions les détenteurs d'une belle propriété pour laquelle on peut imaginer de multiples usages. »

La gauche furibarde

On pouvait s'en douter, vu le climat actuel entre majorité et opposition au conseil général, le vote de cette décision de principe a fait des vagues, que décrit le député et conseiller général socialiste Christophe Léonard : « Dans l'affaire du fonds de péréquation, Huré nous dit qu'on ne sait pas lire les rapports et là, sur le CSSA, il estime qu'on pose trop de questions, faudrait savoir ! La proposition d'origine était de se porter caution d'un prêt de 5,5 millions d'euros, mais au dernier moment on nous apprend qu'il s'agit ni plus ni moins que d'acheter le centre de formation du CSSA pour une somme qui n'est pas encore définie, mais qui fera plusieurs millions. Le tout le fusil sur la tempe en insistant sur la notion d'urgence : urgence de sauver le club et son actuel propriétaire. Ça fait 2 mois que ce dossier est sur la table sans qu'aucune communication ne soit faite et d'un seul coup il faudrait signer un chèque en blanc… Nous, on veut des infos, organiser un tour de table avec l'actuel président du club, le repreneur éventuel et voir ce qu'ils ont à nous dire. Nous avons donc demandé à Benoît Huré un report de cette décision dans un délai raisonnable, mais il n'a rien voulu savoir. Donc on a quitté la salle. Je note d'ailleurs que bizarrement, sur 22 conseillers généraux de la majorité, 8 ont invoqué des rendez-vous ou des réunions qui leur ont permis de s'éclipser et de ne pas participer au vote… Je ne suis pas sûr que la majorité soit très soudée sur ce dossier, de même que je ne suis pas sûr que le quorum ait été respecté au moment de prendre cette décision. »

Le sentiment est tout autre du côté de Benoît Huré qui « regrette les arguties et les postures politiciennes de certains élus. Les conseillers d'opposition ont choisi de quitter la salle avant le vote, pensant ainsi que nous n'aurions pas le quorum nécessaire pour pouvoir voter. Mais ils ont dû mal compter… La décision que nous avons prise est d'intérêt général et je m'étonne d'avoir vu sortir de la salle des élus qui sont au stade Dugauguez lors de chaque match de foot. S'ils s'intéressent au CSSA, ils auraient pu avoir au moins le courage de voter plutôt que de jouer la politique de la chaise vide. »

Jean-Claude Roussel Journaliste L’Union L’Ardennais