Dans la Presse : Démission du gouvernement Valls : "Une course à la testostérone"

Le député socialiste frondeur des Ardennes Christophe Léonard s'interroge sur l'examen à venir du budget 2015 : "La question du vote contre se pose si le gouvernement nous marche dessus".

CL

Trois poids lourds du gouvernement, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti, quittent leurs fonctions après avoir exprimé leurs divergences de vue avec les choix politiques de François Hollande et de Manuel Valls. Une aubaine pour les frondeurs socialistes, qui récupèrent dans leur rang des personnalités de renom, dont deux siégeront à l'Assemblée.

Reste à savoir comment cette aile gauche de la majorité socialiste, renforcée, votera les textes du gouvernement, qui pourrait se retrouver confronté à "une équation difficile à résoudre", selon le député socialiste frondeur des Ardennes, Christophe Léonard. Interview.

Que vous inspire la démission du gouvernement Valls ?

Je suis surpris. Il y a de la part de Manuel Valls une volonté d’affirmer son leadership, d’acter qu’il n’y a qu’un seul boss et qu’une seule ligne. Il est dans une course à la testostérone. Je défends plutôt la pluralité d’expression. D’autant que sur le fond, les propos d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon ne sont pas révolutionnaires : les deux ministres n’ont fait que reprendre à leur compte ce que nous disons depuis des mois et avons synthétisé dans l’appel pour un nouveau "contrat de majorité".

Le prix Nobel d’économie Paul Krugman, le FMI et le Haut conseil des finances publiques appuient ces propositions. François Hollande lui-même, dans son interview au "Monde", a admis un "problème de demande dans toute l’Europe". Aujourd’hui, le souci de la France n’est pas l’autorité mais la politique économique menée.

Si Montebourg et Hamon n’ont fait que relayer vos critiques, ils faisaient, eux, partie du gouvernement…

Leurs positions n’étaient un mystère pour personne. Ils avaient eu l’occasion de les exprimer en filigrane à de nombreuses reprises.

Comment voyez-vous l’avenir des frondeurs ?

Deux ministres de poids viennent de rejoindre nos rangs. [Benoît Hamon et Aurélie Filippetti, qui a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas faire partie de la nouvelle équipe. Arnaud Montebourg ne s’est pas présenté aux législatives de 2012, NDLR]. A un moment donné, l’abstention trouve ses limites. Or si les frondeurs en viennent à voter contre les textes plutôt que de s’abstenir, il n’y aura plus de majorité. Voilà une équation difficile à résoudre pour le gouvernement.

Arnaud Montebourg et Benoît Hamon sont-ils les nouveaux chefs de file des frondeurs ?

J’ai soutenu les actions de l’un comme de l’autre dans leurs ministères respectifs et ressens une proximité idéologique et militante avec eux. Redevenu député, Hamon sera en mesure de libérer des énergies au sein du groupe socialiste. Leur visibilité est incontestable, mais ils ne font ni plus ni moins que relayer ce que nous disons depuis des semaines : ce sont les médias qui créent le leadership. Si j’ai conscience qu’Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon sont plus connus que Christophe Léonard, je ne me sens pas phagocyté par l’un ou l’autre. Les meneurs se détermineront naturellement.

Audrey Salor Journaliste Le Nouvel Observateur