Dans la Presse : Deux repreneurs sur les rangs pour Godart

Alors que des menaces sur l'emploi existent dans plusieurs PME de la Pointe (KME, Allardin…), l'annonce de la fermeture de Godart, pourtant souvent évoquée, a été mal ressentie à Fumay.

Usine Godart

MÊME si on connaissait le contexte fort délicat dans lequel évoluait l'entreprise Godart depuis plusieurs années, la population fumacienne n'en a pas moins été interloquée, hier, en apprenant que le site de la rue Pressencé était, cette fois, définitivement condamné à une fermeture, programmée fin 2013. Les rumeurs les plus alarmantes se sont donc concrétisées dans les faits, laissant 81 personnes sur le carreau. Spécialisée dans la transformation de tubes métalliques (cintrage, façonnage, soudure, brasage et assemblage) et notamment de composants permettant la circulation des fluides dans l'environnement moteur (eau, huile, gaz d'échappement), le sous-traitant automobile qui avait déjà connu deux alertes au niveau social en 2009 (27 licenciements) et 2011 (neuf autres suppressions d'emploi) paie, là, de plein fouet les difficultés du secteur automobile et une importante chute de commandes.

« Les capacités de production en France sont le double de ce dont le marché a besoin », constate un observateur avisé.

Lassé de cumuler les déficits

Après les postes d'intérim puis les CDD, ce sont donc les CDI (cintreurs et opérateurs) qui vont, à leur tour, trinquer. La patience du groupe familial japonais Maruyasu Industries, actionnaire majoritaire dans Westaflex depuis 2007, a connu ses limites.

Et après avoir, selon certains, « cumulé une perte d'exploitation de 21, 676 millions d'euros entre 2004 et 2011 », les dirigeants asiatiques ont fini par se résoudre, « au bout du bout » (dixit le Préfet des Ardennes), à lâcher Godart qui travaillait en grande partie pour Toyota, Renault et Mercedes. Et à 50 % à l'export.

Si Jean-Michel Coutellier, le directeur de l'entreprise, a refusé de répondre à nos questions, Pierre N'Gahane, a évoqué ce nouveau sujet de préoccupation pour l'économie locale hier, lors de l'assemblée générale de la chambre de commerce et d'industrie.

Avisé il y a une dizaine de jours des intentions du groupe japonais, le Préfet s'était fait expliquer les difficultés de l'entreprise.

« L'actionnaire asiatique a été extrêmement courageux car bien avant la crise de 2008, il a toujours compensé les pertes continues et cumulées enregistrées par Godart. Et cela sans le moindre recours à des fonds publics. Ce qui mérite tout de même d'être signalé. Cet effort s'est chiffré à plus d'une dizaine de millions d'euros pour combler les déficits successifs et permettre à ce site de continuer d'exister. Mais malgré la ténacité remarquable de M. Coutellier, l'idée de recentrer toute l'activité à Roubaix sur les sites Wecosat et Wevista a fait son chemin au point de vite apparaître inéluctable. Les actionnaires ne pouvaient plus supporter cette PME comme ils l'ont fait avec une rare longévité ».

« Encore un constat amer pour les Ardennes qui continuent de subir des coups du sort en série. Et une mauvaise nouvelle, une de plus, pour une Vallée bien meurtrie. Même si on savait cette société déficitaire depuis quelques années et soutenue malgré tout depuis longtemps par ses actionnaires nippons, ça fait tout de même un choc quand on aboutit à une telle échéance. Il va falloir une nouvelle fois assumer les conséquences de la crise et tenter de trouver des solutions pour adoucir le mal. Dans un tel contexte, le métier de chef d'entreprise est de plus en plus complexe. Malheureusement, tout cela joue sur le moral de l'ensemble des acteurs économiques du département » analysait Géraud Spire, le président de la chambre consulaire.

Selon nos sources, il semble qu'à l'occasion de cette cessation future d'activité, une trentaine de postes pourraient être proposées aux salariés fumaciens enclins à accepter une mutation professionnelle à Roubaix ou l'activité de Gaodart sera reconcentrée.

Par ailleurs, on a su avant même que les procédures légales et notamment l'ouverture d'un plan de sauvegarde pour l'emploi soient engagées que deux entreprises étrangères - une indienne, l'autre helvétique - avaient déjà visité les locaux de Godart à Fumay. Elles seraient en piste et en concurrence pour investir l'endroit en passe d'être abandonné. Dossier à suivre…

Léonard : « Une annonce brutale »

Député de la circonscription mais aussi… ancien directeur des services de la ville de Fumay, Christophe Léonard était un peu circonspect hier. « Je n'ai pas encore rencontré le directeur de l'entreprise. Sa secrétaire m'a appelé mardi ou mercredi dernier pour me dire que M. Coutellier souhait me voir vendredi. Avec le recul, je m'aperçois que cette date coïncidait avec le moment où les informations ont été données aux salariés.

Le calendrier me semble donc limite et un peu particulier. Ça m'a étonné. Mais aucun salarié ne s'étant manifesté, je ne connais donc pas encore dans le détail les données du problème. J'en saurai sûrement plus, demain (NDLR : aujourd'hui), car j'ai rendez-vous avec le dirigeant de l'entreprise. J'ai d'ailleurs proposé d'associer à cette démarche le maire de Fumay, Jean Blanchemanche, et le conseiller général du canton, Benoît Sonnet. Même si l'annonce de la fermeture me paraît, a priori, un peu brusque ou en tout cas pour le moins rapide, on écoutera la vision du dirigeant pour mieux connaître les éléments ayant mis en péril la société de l'entreprise. On verra ainsi ce que l'on peut faire. Et agir au mieux pour pérenniser un maximum d'emplois dans les Ardennes ».

L'élu socialiste se posait aussi la question de savoir si la fabrication du scooter à trois roues « Tri'Ode », récemment lancée à Fumay avec l'aide de Godart, pouvait être concernée et mise en danger par la disparition de l'équipementier automobile… Même si, juridiquement, elle paraît distincte de la SA Godart…

Pascal Rémy Journaliste L’Union L’Ardennais