Dans la Presse : Electrolux / Entre espoir et colère

Près de 500 personnes ont fait le déplacement au ministère à Bercy, hier pour soutenir les salariés d'Electrolux. Après deux heures de discussions, l'intersyndicale accompagnée des élus ardennais est ressortie avec un message relativement optimiste quant à l'avenir du site.

manif electrolux bercy

Ils ont pris la route dans le calme, hier matin. Direction : le ministère à Bercy. Passé le dernier péage avant Paris, le convoi composé de huit bus s'est retrouvé à rouler au pas, escorté par deux motards de la police. Arrivés à 14 h 22 très précises, quai de Bercy, c'est la surprise. Rejoints par celles et ceux qui avaient choisi l'option co-voiturage, ils étaient près de 500, à défiler boulevard de Bercy, au son des sifflets et des pétards. Dans le cortège, les manifestants scandent « Electrolux assassins », « Electrolux, pourris ». Pas le temps d'aller bien loin, ils ont été stoppés net par un cordon de CRS quelques mètres à peine du ministère. L'ambiance est au calme et l'intersyndicale, accompagnée des élus ardennais, passe tranquillement de l'autre côté pour se rendre à la réunion. Dehors, la fanfare entame une longue batucada. Parmi les soutiens aux Martin, trois représentantes de Santé-CGt hôpital de Charleville-Mézières, Valérie, Christine et Corine : « On se devait d'être là. Si plus d'usines, plus de services publics et si plus de services publics, plus d'usine. Leurs emplois, c'est nos emplois ».

Au fil des minutes, l'énervement commence à gagne les troupes ardennaises.

Vers 14 h 40, certains n'arrivent plus à contenir leur colère et les premiers heurts avec les forces de l'ordre éclatent. Jets de pétards, de canettes, et même la carcasse d'une machine à laver passent par-dessus les barrières. Les CRS répliquent immédiatement avec des bombes lacrymogènes. « Ils s'en sont pris à mon père. Pour le venger, j'ai balancé mon mégaphone. J'ai essayé de discuter avec l'un d'eux mais il m'a insulté. C'est honteux », tempêtait un jeune ouvrier.

Aux alentours de 15 heures, des représentants de l'intersyndicale sortent pour tenter de calmer le jeu. « Ce ne sont pas les forces de l'ordre les terroristes, c'est Electrolux », a hurlé Miguel Vassaux. Peine perdue. Les jets de pétards ont continué. La température n'est redescendue que quelques minutes plus tard après le départ des représentants syndicaux. Les manifestants ont alors bloqué la circulation au niveau de la place du Bataillon Pacifique durant une demi-heure avant d'aller prendre la pause-café. Une petite poignée s'est tout de même échappée, contournant le palais omnisports de Bercy pour se retrouver sur les quais. Rapidement rattrapée par les CRS. Demi-tour toute, ils ont eu à nouveau une explication avec les forces de l'ordre devant le café Le Bercy, non loin du ministère.

Les « affrontements » se sont terminés peu après 17 heures, lorsque l'intersyndicale est ressortie. Le porte-parole, Lysian Fagis annonçant une relative bonne nouvelle : « La solution commence à se dessiner. Aujourd'hui, il y a un avenir à Revin avec Electrolux ».

« C'est de l'intox » crie un ouvrier.

« Electrolux s'est engagé à ne pas quitter Revin tant qu'il n'y avait pas d'autres solutions. S'il n'y a pas de solution en 2016, Ils se sont engagés à trouver une solution quoiqu'il arrive. Ce n'est pas « peanuts ». On fera de la hotte aspirante, des chauffe-eau. Ils se sont engagés pendant les deux mois qui viennent ».

« Ils veulent gagner du temps », apostrophent des manifestants.

« Je rappelle qu'il y a un CCE à Senlis jeudi et que tout cela sera posé sur la table. Dans deux mois, on se retrouve ici à Bercy, avec Arnaud Montebourg. Toutes les solutions seront vues. A mon avis, on est bien parti », ponctue Lysian Fagis. Une déclaration huée par la foule, suivie de quelques applaudissements.

Jean-Paul Bachy, président du conseil régional ainsi que le député Christophe Léonard ont ensuite pris la parole pour confirmer : « On pouvait craindre aujourd'hui, que la bataille était totalement perdue. Elle n'est pas encore gagnée mais le processus de fermeture de l'usine s'est arrêté d'abord parce que vous vous êtes mobilisés et que tous les élus ardennais sont là pour vous soutenir. Samuelson a dit qu'il renonçait aux investissements dès maintenant en Pologne, La date de 2016 n'existe plus ».

Finalement, les manifestants se sont dispersés, avant de reprendre les cars, pas tous convaincus pour autant.

Christophe Léonard, député de la circonscription:

«Rester concentré» «Au point de départ, on parlait de fermeture; le 6 mars d’un report de la durée de fabrication de la « Top » en 2016 et, maintenant, à force de dénoncer l’inacceptable et l’injustifiable et au cours d’une réunion non pas interne mais officielle, on nous propose quelques pistes un peu plus attractives qu’on va essayer de se faire certifier, jeudi, lors de la réunion de comité central d’entreprises à Senlis. Il faut, en tout cas, rester concentré sur notre objectif».

Céline Souhami Journaliste L’Union L’Ardennais