Dans la Presse : L'aérodrome de Belval toujours en piste

Lobbying efficace ou simple pragmatisme ? Toujours est-il que la piste de Belval un temps menacée paraît sauvée. Reste à faire vivre ce bel outil !

aerodrome belval

La nouvelle a été quelque peu éclipsée par des dossiers certes plus polémiques et spectaculaires (comme la question des transports scolaires) lors de la récente session budgétaire du Conseil général : l'aérodrome de Belval semble bel et bien sauvé !

On imagine le soulagement du collectif des associations (Ailes ardennaises, Para-club…) regroupées dans le collectif Sports Aéroloisirs, et qui se battent depuis plusieurs mois pour mobiliser l'opinion et alerter les élus sur la nécessité de préserver une piste et un équipement ayant fait l'objet d'un lifting conséquent en 1994. 40 millions de francs (soit 6 M€) avaient à l'époque été investis pour porter la piste à 1.500 m. De quoi, avec des équipements adéquats (en terme de navigation et de carburant) accueillir des appareils de 50 places.

Oui mais voilà.

L'activité commerciale n'a jamais vraiment… décollé (ce à quoi les partisans de Belval répondent que « de nombreuses opportunités ont été écartées, comme si on n'avait jamais voulu jouer cette carte à fond (on a par exemple refusé d'accueillir des écoles pilotage). Et puis surtout, est arrivée la question de l'A 304 (branche « ouest » du Y ardennais…) et de son raccordement au réseau « nord » de Charleville. Avec aussi la nécessité de desservir la zone d'activités de Warcq.

En charge de l'encombrant bébé (longtemps géré par la CCI) et de son déficit d'exploitation, le Conseil général a alors choisi, dans un premier temps, de sacrifier Belval et sa piste. En optant pour un tracé de la bretelle reliant l'A304, le barreau nord et la zone de Warcq qui effaçait tout simplement la piste de la carte.

La plateforme devait fermer, tout simplement, et ses utilisateurs étaient déjà invités à rejoindre… Douzy.

Les politiques aussi…

La levée de boucliers (on peut parler de lobbying) aurait donc porté ses fruits. « Nous ne sommes pas de gentils rêveurs qui pleurons notre joujou. Nous pensons qu'il y a un intérêt à maintenir une piste, y compris au niveau sanitaire (dons d'organe), et que c'est un potentiel économique et touristique qu'il ne faut pas négliger » ont souvent répété les associations.

Des arguments techniques et réglementaires furent aussi avancés (la direction de l'aviation civile fut alertée, et l'on opposa également une directive européenne exigeant des pistes de repli). Enfin, les politiques entrèrent dans le bal.

A gauche (le président du conseil régional Jean-Paul Bachy, le conseiller général Christophe Léonard) mais aussi dans la majorité même du Conseil général. En octobre dernier, Boris Ravignon avait ainsi adressé un courrier assez sévère au président Benoît Huré. Disant comprendre (au contraire des associatifs), l'arrêt de l'activité commerciale, mais ne pouvoir que s'opposer à un tracé qui entraînerait la destruction de l'aérodrome. « Le barreau peut passer par une extrémité de la piste et laisser subsister une large portion suffisante pour les activités actuelles », avait écrit le conseiller général de Charleville La Houillère.

Et puis, donc, quelques mois plus tard, nouvelle donne. Grâce au fameux lobbying ? Pas seulement.

Question de pragmatisme aussi !

Le concours de l'Etat C'est que le contexte financier et technique a changé. Primo, l'Etat apportant son concours à hauteur de 10 M€ dans un éventuel raccordement de l'A304 à la RN43 et au barreau nord, et surtout le chantier de la dite A304 ne devant plus être sectionné en trois tronçons (toujours à la demande de l'Etat) mais réalisé d'un seul tenant, un répit est de toute façon accordé jusqu'en 2015. Secundo, une nouvelle et énième étude de tracé, finalisée fin février, a cette fois conclu à un projet épargnant l'aérodrome. Là encore, il n'y avait plus lieu de « couper au plus court » pour des raisons seulement financières. Et au passage, cela permet donc à l'exécutif départemental de ne plus se coltiner la bruyante opposition des utilisateurs de l'aérodrome voire de la population de Belval même, pas ravie à l'idée de voir cet axe flirter avec les premières habitations du village.

C'est ce qu'on appelle faire d'une pierre deux coups.

Reste désormais, l'aérodrome sauvé, à le faire vivre, à l'animer, voire à développer le potentiel qu'il représente.

Philippe Mellet Journaliste L’Union L’Ardennais