Dans la Presse : La survie de l'usine Godart réside dans le Tri'Ode

Dans le plus grand secret, un projet alternatif est échafaudé depuis des mois pour tenter d'éviter la fermeture, d'ici Noël, de l'usine de Fumay (80 salariés). Pour Godart, l'avenir pourrait passer par le Tri'Ode.

godart

Depuis le printemps, on sait que Godart ne passera pas l'hiver. Spécialisée dans la production de pièces métalliques transportant les fluides dans les moteurs, l'usine de l'équipementier WTX (filiale du Japonais Maruyasu) paie cash la crise de l'industrie automobile. Après avoir, pendant des années, comblé les pertes d'exploitation du deuxième employeur privé de la ville, ses propriétaires asiatiques ne souhaitent plus mettre au pot. En théorie, les 81 salariés fumaciens verront l'usine fermer avant la fin de l'année.

Quatre mousquetaires

Subsiste un mince espoir : celui de mettre en marche la production industrielle du Tri'Ode. Comme les trois mousquetaires, ils sont quatre à porter ce projet. Et non des moindres : Clément Brochon, ex-directeur du cabinet KPMG dans les Ardennes, aujourd'hui à la tête d'une société de conseils aux entreprises ; Régis Chainot, ancien directeur d'Electrolux Revin ; Jean-Michel Coutellier, patron de Godart ; Lionel Vuibert, président de l'UIMM. Tous ont refusé de s'exprimer, avançant une « clause de confidentialité ». Même discrétion à la CCI des Ardennes et chez les élus.

Les facteurs en Tri'Ode

Le plan existe pourtant bel et bien. Selon les informations que nous nous sommes procurées, il est même ambitieux. Au point de faire dire à un décideur ardennais : « Alors que l'usine Godart était vouée hier à la fermeture, elle vise aujourd'hui le jackpot ! »

Concrètement, il s'agit de produire le scooter écolo Tri'Ode à un rythme industriel, et non plus anecdotique (une petite centaine d'engins assemblés en un an). Les associés souhaiteraient en construire plusieurs milliers par an, et du même coup abaisser le prix de production, à ce jour trop élevé. Preuve que le projet n'a rien du doux rêve : les propriétaires japonais de Godart ont, d'une part, accepté de repousser la date de lancement du processus de fermeture (le 30 septembre) ; d'autre part, ils ont accepté de cofinancer l'opération. Selon un témoin clef, les patrons de Maruyasu ont proposé de « consacrer l'argent du plan social (primes, etc.) à ce projet ». À une condition cependant : que les porteurs du projet aient les marchés.

Le dossier chez Montebourg

Toute la difficulté est là : trouver le client qui acceptera de commander la machine en grand nombre. « La solution idéale pour mettre ce plan sur les rails, c'est un marché public », affirme un interlocuteur bien renseigné. C'est là qu'entre en scène La Poste, qui cherche à renouveler les vélos de ses agents dans les années à venir. Sa direction régionale confirme qu'« un marché vient d'être lancé pour équiper les facteurs de véhicules électriques ».

Discret sur ses démarches, le député Christophe Léonard soutient ce projet. Il l'a défendu à plusieurs reprises à Bercy, notamment auprès du ministre Arnaud Montebourg, et en présence de responsables de La Poste ou d'EDF. Mardi, en fin d'après-midi, l'élu socialiste a également profité d'une rencontre à Matignon pour attirer l'attention de Jean-Marc Ayrault sur ce dossier.

Selon nos informations, ce plan B est estimé à 4 millions d'euros. Une source avance que « la moitié serait prise en charge par le groupe japonais mais aussi par Electrolux, qui cherche des pistes pour les salariés qui ne seront pas conservés par Selni (le repreneur d'Ardam, ndlr) ». Sur ce point, Agnès Llovera-Villy, la directrice de l'usine revinoise, botte en touche. « Nous travaillons pour l'instant avec Selni, je n'ai aucun autre commentaire à faire pour l'instant ».

Le principal obstacle de ce plan de sauvetage, à ce stade, tient donc à l'absence d'un gros client. Demeure, pour les plus optimistes, la possibilité de faire d'une pierre trois coups : se lancer dans un marché innovant, maintenir l'emploi des salariés et sauver leur usine.

Les élus inquiets et discrets

A l’image du maire de Fumay Jean Blanchemanche, les élus cultivent le secret dès que l’on aborde Godart. Le premier magistrat de la Cité de l’ardoise évoque son inquiétude, mais plus encore le manque d’information au sujet de l’usine. Idem pour le directeur de la communauté de communes Claude Wallendorff, alors même qu’Ardennes rives de meuse est propriétaire des murs où est assemblé le Tri’Ode. « Nous n’avons aucune information, explique le maire de Givet. Mais nous faisons entièrement confiance au directeur de Godart, Jean Michel Coutellier, qui est une personne très compétente et très attachée à son usine. »

Le président de la Région Jean-Paul Bachy se montre tout aussi avare de mots. Alors que la Région, qui a la compétence économique, tente de son côté de développer des liens entre Godart et Electrolux, difficile de savoir si un projet concret existe réellement.

Enfin, très impliqué dans ce dossier, le député Christophe Léonard le défend auprès des instances nationales, tout en faisant preuve d’une prudence de sioux. Soucieux de « ne pas donner de faux espoirs aux salariés », il indique que l’on devrait « en savoir plus fin novembre, début décembre.»

Le Tri’Ode, un scooter électrique made in France »

Véhicule écologique, léger (160 kilos à vide) et doté de trois roues qui l’empêche de tomber (même à l’arrêt), le Tri’Ode, assemblé depuis un an à Fumay, a été imaginé en 2003 par Jacques Quéméré. Cet ingénieur travaille désormais essentiellement à Fumay, est le PDG de Véléance , société basée à Meyreuil (Bouches-du-Rhône). Combinant développement durable, sécurité et maniabilité, le prototype (un moteur posé sur un châssis) a vu le jour en 2008. Le premier véritable modèle a été terminé fin 2011.

La vie ardennaise du Tri’Ode a débuté dans la foulée, alors que l’usine Godart cherchait à se diversifier. Spécialiste du soudage de tubes et d’armature, Godart a tous les atouts pour assembler le trois-roues. C’est chose faite durant l’hiver 2012-2013 lorsque le premier Tri’Ode sort de l’usine. Dans la cité de l’ardoise, les quelques salariés de Godart rattachés à cette nouvelle mission soudent le châssis et assemblent les pièces.

Selon le conseil régional, 70% d’entre elle sont d’origine française. Selon le plan initial, la production devait monter en puissance au rythme suivant : une centaine d’engins la première année, 1000 en 2015, puis 1600 en 2016, soit un seuil de rentabilité correspondant à un chiffre d’affaire de 9 millions d’euros et une quarantaine de salariés sur le site. Ceux qui ont imaginé le plan actuel voient cependant les choses en plus grand (lire par ailleurs).

Sur un plan plus mécanique, le Tri’Ode peut rouler 45 kilomètres à 45km/h. Il se recharge en cinq heures. Il est doté d’une marche arrière et peut porter jusqu’à 70 kilos de charge. Son prix de vente s’établit à 7200 euros.

L’engin vise une clientèle de particulier mais aussi (surtout) d’entreprises, notamment de livraison, ou de collectivités locales. Parmi ses premiers clients, citons la centrale nucléaire de Chooz ou le conseil régional de Champagne-Ardenne.

Guillaume Lévy Journaliste L’Union L’Ardennais