Dans la Presse : La visite à trois temps de Manuel Valls

Inauguration du commissariat de Charleville-Mézières, plongée dans le quartier de Manchester et dialogue avec les gendarmes de Rethel : Manuel Valls s’est ressourcé hier dans les Ardennes.

CL et M Valls

Sans tambours ni trompettes, pas plus d’annonces et encore moins de polémiques. Sous pression à Paris, le ministre de l’Intérieur semble être venu à Charleville-Mézières pour souffler, loin de Dieudonné, de la loi famille ou du bilan de la sécurité. Le bouillonnant ministre de Jean-Marc Ayrault a voulu donner, à Charleville comme à Rethel, l’image d’un ministre au sang-froid.

Arrivé par le TGV, Manuel Valls s’est rendu brièvement en mairie pour un « accueil républicain ». Puis, il a gagné le commissariat, serré de près par le maire (PS) Philippe Pailla et le député (PS) Christophe Léonard. Dans le bâtiment récent de l’avenue Jean-Jaurès, lancé par Michèle Alliot-Marie et visité en 2012 par Claude Guéant, leur successeur de la Place Beauvau s’est efforcé de prendre de la hauteur. Devant les caméras des médias nationaux (LCI, BFM, i-Télé), il a mis en avant « la continuité républicaine ». « C’est le sort des ministres d’inaugurer des chantiers préparés par leur prédécesseur et de préparer ceux qui seront inaugurés par leur successeur. »

Il n’a pas caché que le commissariat était en service depuis déjà deux ans. Alors que la droite locale daube sur cette inauguration à quelques semaines des municipales, Manuel Valls a rappelé que la cérémonie avait été rendue impossible par un « contentieux administratif ». Pour mémoire, trop haut de presqu’un mètre, le commissariat a causé des sueurs froides, un riverain allant jusqu’à demander sa démolition… Précisant qu’« un tiers des commissariats de France ne sont pas dignes de la République », il a vanté celui de Charleville-Mézières. « Il permet aux forces de l’ordre d’exercer parfaitement leur mission, même si j’espère que les agents sont surtout sur le terrain. »

La carte des cantons revient sur la table

Avant de prodiguer des encouragements analogues aux gendarmes de Rethel, celui qui s’est volontiers présenté comme « le premier flic de France » a martelé sa volonté de consensus sur deux sujets polémiques. À propos (encore) de son soutien implicite au maire Philippe Pailla, Manuel Valls s’est montré habile. « Je me rendrai cet après-midi à Rethel, dont le maire ne fait pas partie de ma famille politique… La sécurité des Français n’est ni de droite, ni de gauche. » En préfecture ensuite, c’est en catimini, debout dans un vestibule, qu’il a reçu une délégation d’élus hostiles au redécoupage des cantons, opéré par son ministère.

Benoît Huré, Pierre Cordier, Régis Depaix ou encore Francis Signoret, tous élus de droite, ont remis au ministre pas moins de 80 délibérations de communes, prises ces trois dernières semaines. D’autres sont attendues. Benoît Huré, qui dans le même temps, s’offrait un encart publicitaire dans nos colonnes (page 8), a exposé ses arguments au ministre. Ce dernier a également été pris à partie sur ce sujet à Rethel. Les distinctions remises à quatre Ardennais auront réconcilié tout le monde.

Quatre jeunes ont reçu une médaille des mains du ministre, qui leur a fait part de la « gratitude de la nation ». Ils représentent chacun un visage de la sécurité : Isabelle Bernier est brigadier-chef au commissariat, Mélanie Sommelette chef de la sécurité intérieure au cabinet du préfet, Jérémi Métrat pompier et président de l’Adrasec (sécurité civile) et, enfin, le gendarme Sylvain Happe a ramené à la vie une personne qui faisait une attaque.

Manuel Valls nouvelle formule n’a pas quitté le chef-lieu sans un bon mot : « Je suis très heureux de me rendre dans les territoires, qui donnent leur âme au pays ». Ou l’art de ne pas dire grand-chose, mais de le dire bien.

Guillaume LEVY journaliste L’Union L’Ardennais