Dans la Presse : Le 3e Génie sur la liste noire des régiments à supprimer

Très inquiet, le président UMP du conseil général Benoît Huré appelle à une forte mobilisation pour sauver les derniers militaires des Ardennes. Pour Charleville-Mézières, leur départ serait une catastrophe.

caserne dumerbion

APRÈS les déboires du CSSA, on pensait que les Ardennais avaient eu leur quota de mauvaises nouvelles pour 2013. Il n'en est rien. Depuis quelques jours, l'inquiétude s'est déplacée du stade Dugauguez à la caserne Dumerbion de Charleville-Mézières. Un fonctionnaire proche des militaires évoque « un grand pessimisme » sous les képis carolos.

L'information est venue de Paris. Elle a été transmise de manière officieuse à Benoît Huré. Le président du conseil général, qui se dit « très préoccupé », en a informé plusieurs élus. Selon lui, le « 3 » figure parmi les sites condamnés dans la prochaine Loi de programmation militaire (LPM), qui sera dévoilée vendredi. Celle-ci traduit sur le terrain les recommandations stratégiques du Livre blanc de la Défense, rendu public le 29 avril, concernant la période 2014 -2019.

« En tête de peloton »

« Le choix a été fait de supprimer 24 000 postes pour cette période (*), rappelle Benoît Huré. Cela ne sera pas possible sans supprimer des régiments. Dix sites ont donc été choisis pour fermer, et le 3e Génie en fait partie. Il serait même en tête de peloton… »

Un départ qui serait un coup de massue pour Charleville-Mézières. Fort de plus d'un millier de militaires, le « 3 » est un des plus gros poumons de la ville. Il représente près de 2 000 habitants en comptant les conjoints et les enfants (environ 600). Les trois quarts de ces foyers vivent au chef-lieu. Écoles, commerces, services, entreprises (les militaires en font travailler une cinquantaine) : la disparition du régiment aurait des répercussions énormes. Sans compter ce que les militaires, qui sont aussi des contribuables, injectent comme recettes fiscales dans les caisses…

Benoît Huré résume les trois conséquences majeures qu'aurait leur départ. « Il y a d'abord un enjeu de défense nationale : nous sommes nombreux au Sénat à penser qu'il y a un seuil minimal de militaires en dessous duquel il ne faut plus descendre, car le monde a rarement été aussi dangereux, et le risque terroriste aussi élevé. Ensuite il y a l'immense implication des militaires dans la vie socio-économique, en termes d'emplois ou d'aménagement du territoire. Fermer le régiment reviendrait à porter un coup très dur à Charleville-Mézières et aux Ardennes. Enfin, on ne peut ignorer l'attachement des Ardennais à l'armée. Ici le militaire est le symbole de celui qui a ramené la paix et la liberté. »

Avant qu'il ne soit trop tard, Benoît Huré appelle à une nouvelle « union sacrée », comme au printemps 2008 (lire ci-dessous). Cette année-là, le couperet était tombé tout près, et avait finalement emporté le Centre d'entraînement commando de Givet.

Dans les années 80, Sedan avait déjà perdu le 12e régiment de chasseurs à cheval. Dumerbion est la dernière caserne ardennaise encore occupée par des militaires. Les hommes du « 3 » y sont installés depuis 1947.

À l'heure où on leur demande de rendre leur bail, le moment est venu, selon Benoît Huré, de sonner la « mobilisation générale ».

« Il faut l'union sacrée »

« Les sujets liés à la défense et à la survie des Ardennes ne supportent pas la polémique. Il faut l'union sacrée de tous les élus. Il faut se mobiliser très vite et très fort ».

Au cœur de l'été, avant même que ne soit présentée la Loi de programmation militaire (le 2 août), Benoît Huré rappelle que seul un front uni avait permis de sauver, il y a cinq ans, le 3e RG. Et même de grossir ses rangs de plus d'une centaine de militaires.

Ce week-end, Bérengère Poletti et Boris Ravignon ont à leur tour sonné la charge. La députée (UMP) de la première circonscription n'a pas mâché ses mots : « Il faut faire comme en 2008. Il y a cinq ans, quitte à me dresser contre ma famille politique, j'avais défendu le 3 sur les plateaux télé. J'avais écrit à Nicolas Sarkozy pour lui dire que supprimer le 3, c'était tuer les Ardennes. Le départ des militaires, c'est un sacrifice trop grand, dont les Ardennes ne se remettront pas. Ce serait fatal pour la ville. »

Candidat de la droite aux prochaines municipales à Charleville-Mézières, Boris Ravignon, conseiller général (UMP), se dit lui aussi « très inquiet ». Alors conseiller à l'Élysée, il avait, il y a cinq ans, profiter d'un voyage avec Nicolas Sarkozy pour lui montrer, chiffres à l'appui, que fermer le « 3 » reviendrait à porter le coup de grâce à un département déjà en crise.

Prudence à gauche

Chez les élus de gauche, la prudence est de mise. L'équipe municipale affirme ne détenir aucune information concernant une éventuelle menace. Elle espère que les investissements en cours au sein de la caserne joueront en faveur du régiment. Mais ce pourrait tout aussi bien être le contraire…

Le député Christophe Léonard, en tant que membre de la Commission de la défense nationale et des forces armées, suit le dossier de près. Il dit pourtant ne pas connaître les menaces qui pèsent sur Charleville-Mézières. « Il est encore trop tôt pour s'inquiéter. Le projet de loi sera déposé le 2 août, pour une application à l'automne. À ce jour, je n'ai pas d'informations particulières. »

Sur le fond, il a cependant cherché à prendre les devants. Le 29 mai à l'Assemblée, il a rappelé qu'en 2008, l'Est avait déjà payé un lourd tribut. « Même si l'armée n'est pas a priori un outil d'aménagement des territoires, a-t-il lancé en séance, le principe de réalité doit impérativement nous conduire […] à intégrer dans les arbitrages à venir les spécificités territoriales des départements déjà durement touchés par la crise, de telle sorte qu'ils ne le soient pas encore davantage. »

* En plus des 55 000 postes pour la période 2009-2014, dont 10 000 restent encore à trouver.

Guillaume Lévy Journaliste L’Union L’Ardennais