Dans la Presse : Le budget adopté sans la gauche mais avec quelques uppercuts

Le budget 2014 du département a été voté par la seule majorité. Comme le fonds de péréquation de la TP qui inclut pourtant de nouveau Charleville et Sedan.

Ligne-Charleville-Givet

« Vous m’étonnerez toujours… » a soupiré le président Benoît Huré quand les élus du groupe PS et divers gauche se sont abstenus hier lors de l’ultime vote de la session budgétaire, consacré au fonds de péréquation de la taxe professionnelle.

Rappelez-vous : c’est la répartition de ce fameux fonds (12,1 millions tout de même cette année) qui avait il y a un an tout juste provoqué l’ire de ces mêmes élus de gauche qui s’étaient aperçus, après l’avoir votée, que les règles avaient changé. Pour financer la construction ou la réhabilitation de casernes de pompiers en milieu rural, les collectivités les plus peuplées (Charleville, Sedan et leurs intercommunalités) avaient été écartées. Soit des manques à gagner substantiels gommés cette année (633 000 € pour Charleville, 469 000 € pour Sedan).

Depuis, l’affaire est en justice. Le tribunal administratif, cet automne, a jugé non conforme la délibération. Mais le Département a fait appel. « Et on ira jusqu’au bout, car il faut une jurisprudence. Les autres départements, ébahis par ce qui s’est passé, observent cela avec attention… » a commenté le président, qui s’était auparavant félicité avec perfidie que cette fois, l’opposition ait « lu et compris » le texte.

Pour cause d’« insécurité juridique » (Christophe Léonard) et parce que le demi-million prélevé sur ce fonds pour financer le nouveau centre de tri de Valodea à Charleville ne s’accompagne pas de « garanties suffisantes quant à la pérennité des emplois actuels notamment à Fumay » (Hugues Mahieu), la gauche s’est donc abstenue. D’ultimes uppercuts concluant une session hantée trois jours durant par le fantôme de la refonte de la carte cantonale.

Punching-ball

D’où de fréquents sous-entendus et des tirs nourris contre Christophe Léonard, contraint de réunir son groupe quelques minutes avant le vote final afin d’éviter quelque dissonance. Car le seul parlementaire de gauche ardennais est soupçonné d’une part d’avoir concocté un redécoupage « sur mesure » mais il est aussi devenu un punching-ball idéal au moment où le gouvernement a décrété un gel de ses dotations, avant même des baisses pour 2015 au nom du nécessaire redressement des finances publiques…« Il ne faut pas oublier qu’entre 2002 et 2012, ce sont 243 millions de dépenses obligatoires (RMI puis RSA, aides aux personnes âgées ou handicapées, aides à l’enfance) que les gouvernements d’alors n’avaient pas compensées » a cependant rétorqué le député. « Certes, mais il avait fallu continuer à investir après la crise de 2008 et en mai 2012, dommage que le candidat futur élu ait nié cette crise et oublié de prévenir que les Français devraient payer… » a répliqué le sénateur Huré.

Au bout du compte, malgré 13 voix « contre » (celles des élus du groupe PS et divers gauche, et celle de Pierre Pandini) et l’abstention de Véronique Duru (SE, Raucourt), le budget 2014 du Conseil général a donc été adopté. En revanche, la majorité a été confortée par Richard Wiblet (Mouzon, ex-PS), déçu par la réforme cantonale et qui a dit « militer pour des Ardennes rassemblées ». Marqué par un nouveau gel de la fiscalité, ce budget préserve 80 millions d’investissements (A 304, routes, collèges, casernes de gendarmerie) financés pour moitié par l’emprunt. « Comme vous l’avez dit, M. Léonard (qui a expliqué son vote par des divergences sur les priorités d’investissement et un manque de travail en amont, en commission, NDLR), ce budget est un rallye. Mais semé d’embûches » a conclu le chef de l’exécutif.

Philippe Mellet Journaliste L’Union L’Ardennais