Dans la Presse : Léonard et le "numéro de claquettes de l'UMP"

Alors que la pétition lancée par l'UMP bat son plein, le député PS évoque une instrumentalisation. Et il sera reçu à Paris le 4 septembre. Rien n'est encore tranché.

caserne dumerbion

La nature ayant horreur du vide, les nouvelles menaces pesant sur le maintien à Charleville du 3e régiment du Génie, ou en tout cas d'une unité militaire d'une même importance dans le département en termes notamment de poids économique n'étant pas immédiatement démenties par les plus hautes autorités de l'Etat ou en tout cas les élus locaux appartenant à la majorité, ce sont donc les parlementaires et élus de droite qui ont été les premiers à monter au créneau.

Nous nous en faisons naturellement l'écho depuis lundi. Mercredi, le député Christophe Léonard a donc senti nécessaire de rependre l'initiative. Dénonçant d'une part « l'instrumentalisation » de ce dossier par l'UMP, expliquant ensuite quels mécanismes (livre blanc puis loi de programmation) pourraient le cas échéant impacter le 3e Génie et Charleville et enfin, reconnaissant ainsi explicitement en pas avoir encore la certitude que les Ardennes et le 3 ne seront pas sur la liste noire, indiquant avoir rendez-vous début septembre à paris au ministère.

Primo donc, un tacle envers les pétitionnistes : « Après Pierre Cordier utilisant la réforme des cantons pour préparer, sans le dire, sa future candidature aux élections municipales sur la commune de Nouzonville, la ''pétitionnite'' est décidément très à la mode chez les élus de la droite ardennaise cet été. En effet, sur les confidences d'un fonctionnaire parisien qui a fait part de son pessimisme à Benoît Huré sur le maintien des soldats dans la ville chef-lieu, Boris Ravignon, candidat déclaré à la mairie de Charleville-Mézières, vient de lancer une pétition à l'attention de François Hollande pour la survie du 3e RG. »

« Gesticulation »

Secundo, un peu de pédagogie : « Le 2 août, le conseil des ministres examinera le projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 2014 à 2019. Ce texte est la traduction des travaux menés dans le cadre du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Il prévoit notamment la réduction de façon globale de 24 000 postes à laquelle vient s'ajouter un reliquat de 10 000 issu des 54 900 suppressions décidées par le gouvernement Fillon. Membre de la commission de la Défense et des Forces armées, je n'ai, bien sûr, pas attendu ce numéro de claquettes estival, savamment orchestré en guise de pré-campagne municipale carolo, pour me préoccuper de ce sujet. »

Tertio, l'historique des contacts avec le ministre et l'annonce d'un rendez-vous au ministère : « Dès le 29 mai dernier, j'ai été reçu par le directeur adjoint du cabinet civil et militaire du ministre de la Défense pour évoquer concrètement le dossier du 3e RG et le même jour j'ai interrogé le ministre dans l'hémicycle. Signe que la situation ardennaise est bien connue de Jean-Yves Le Drian, sa réponse fut la suivante : ''Nous ferons en sorte que les choix de restructuration se fassent avec discernement, précaution et concertation en intégrant les concepts d'aménagement du territoire et je sais que la région Champagne-Ardenne a été particulièrement touchée par les restructurations antérieures. Donc, nous aurons une très grande vigilance à cet égard même si à l'heure actuelle je ne peux pas vous donner l'ensemble des informations que vous souhaitez car je n'ai pas commencé à arbitrer quoi que ce soit en la matière''. Après cet échange, j'aurai à la rentrée, avec mes collègues Claudine Ledoux et Jean-Paul Bachy, et à notre demande, une réunion de travail avec le cabinet du ministre de la Défense pour évoquer le projet de loi relatif à la programmation militaire, texte législatif sur le suivi duquel je suis investi. Ce rendez-vous est d'ores et déjà fixé au 4 septembre. Il va de soi que nous aborderons l'avenir du 3e RG. D'ici là, toute gesticulation médiatique et politique sur le sujet relève de la pure instrumentalisation. » On notera que le député, contrairement à Claudine Ledoux n'évoque pas une éventuelle « union sacrée ». Mais que pris dans l'élan, s'il verse dans la polémique, il oublie quelques réalités objectives : la fin de la présence militaire du « 3 » serait dramatique pour Charleville et les Ardennes. Mais comme le fut aussi, depuis des années, dans ce département, la suppression de centaines de postes de fonctionnaires d'Etat ou hospitaliers. Soit l'équivalent de quelques compagnies…

Rien avant fin septembre ?

Il n'y a pas que dans les Ardennes où l'on s'agite et où l'on s'inquiète.Du coup, les annonces pourraient être retardées.

Notre confrère Jean-Dominique Merchet, spécialiste bien informé des questions militaires, passé par Libération et Marianne, aujourd'hui collaborateur de L'Opinion, écrit ainsi sur son blog « Secret Défense » : « Contrairement à ce qui était encore prévu avant le 14 juillet, l'annonce des restructurations militaires de l'an prochain n'aura pas lieu le 31 juillet, comme l'habitude en avait été prise depuis plusieurs années. Elle devrait avoir lieu fin septembre. Ces restructurations comporteront la fermeture de quelques sites et d'unités. La liste n'est pas bouclée et fait l'objet d'une ''analyse fonctionnelle'' conduite principalement par le major général des armées et le secrétariat général pour l'administration. Ces restructurations ''intègrent un reliquat de mesures de la dernière LPM'' (du gouvernement précédent, NDLR). De source bien informée, on assure que ''moins d'une dizaine de sites importants seront fermés''. Les décisions sont difficiles à prendre, car elles impactent le tissu économique local à quelques mois des municipales. »

Et notre confrère de préciser que « lors de son intervention à l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale), fin mai, le président de la République avait demandé qu'une ''attention particulière soit portée pour que nous puissions maintenir une présence partout et éviter des fermetures de sites…''»

Philippe MELLET Journaliste L’Union L’Ardennais