Dans la Presse : Les "frondeurs" du PS reprennent-ils du poil de la bête?

35 députés socialistes se sont abstenus lors du vote sur le PLFSSR, ce mardi à l'Assemblée nationale. Un nombre important dont se félicitent les "frondeurs", décidés à exercer leur "devoir d'alerte sur les territoires" pendant l'été, avant de se retrouver à La Rochelle.

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35 "frondeurs" du PS se sont abstenus lors du vote sur le PLFSSR, ce mardi à l'Assemblée nationale.

"Nous ne voterons pas ce texte !" Et, comme promis par le député PS Christian Paul, ils ne l'ont pas voté. Au total, 35 "frondeurs" du PS se sont abstenus lors du vote sur le budget rectificatif de la Sécu (PLFSSR). Christophe Léonard, unique socialiste à s'être abstenu lors du vote sur le budget rectificatif (PLFR) la semaine dernière, doit se sentir un peu moins seul... Les "frondeurs" auraient-ils mangé du lion?

C'est la lecture qu'en font les principaux intéressés, bien sûr. L'enjeu pour eux: convaincre qu'ils ne sont pas qu'un poil à gratter médiatique pour le gouvernement, qu'ils peuvent passer aux actes et, pourquoi pas cristalliser une autre gauche. Pendant ce temps, gouvernement et parti tentent de minimiser leur impact.

Le texte passe finalement avec 272 voix pour, 234 voix contre. Presque de justesse. "Alors que le groupe socialiste avait la majorité absolue au début de la législature...", glisse Pascal Cherki. Le gouvernement est tout simplement "minoritaire" après ce vote. "Si nous avions décidé de voter contre avec les députés EELV [qui se sont aussi majoritairement abstenus, NDLR], le texte aurait été rejeté", ajoute ce "frondeur" remonté.

Finalement aucun vote contre parmi les socialistes

Malgré les menaces de ces dernières heures, même après la réunion des "frondeurs" mardi matin, aucun d'entre eux n'est allé jusqu'à voter contre... Peut-être pour ne pas braquer les plus frileux d'entre eux, qui n'auraient pas à ce point défié la discipline de groupe. Pouria Amirshahi, lui, y voit une certaine "cohésion", la preuve de "notre intelligence collective et de notre capacité à faire bloc".

Un bloc qui, pourtant, semblait bien s'effriter ces derniers temps. Christophe Léonard, élu des Ardennes, avait été le seul "frondeur" à aller au bout de sa position la semaine dernière, en s'abstenant lors du vote sur le budget rectificatif (PLFR). Un seul... Un résultat maigre, comparé à "l'appel des 100" ou même la fronde de 41 députés PS qui n'avaient pas accordé leur confiance à Manuel Valls le 29 avril dernier.

Ses camarades socialistes avaient finalement voté ce texte devenu "acceptable" après avoir été amendé. Ils n'avaient finalement pas voulu s'"opposer à la mise en œuvre d'une mesure de réduction d'impôts qui va bénéficier à 3,7 millions de ménages modestes". Quelques amendements issus de leurs rangs ont bien fait quelques remous, notamment sur le CICE, mais la "guérilla parlementaire" annoncée n'avait pas vraiment eu lieu à l'Assemblée nationale.

Avertissement contre avertissement

Sur le PLFRSS, en revanche, ça ne passe pas. Ce texte traduit à leurs yeux une "dérive de l'exécutif, qui épouse la thèse patronale de l'allègement du coût du travail, payé par les retraités", d'après Pouria Amirshahi. "Je me dois de rendre des comptes aux plus pauvres (...), aux plus fragiles qui m'ont mandaté pour être réélu député", renchérit Hervé Féron, l'un des abstentionnistes socialistes, sur son blog. "Nous avons exercé notre devoir d'alerte", fait aussi valoir Christian Paul qui en "appelle à la responsabilité du Premier ministre pour qu'il renoue" avec l'ensemble des socialistes.

Il est temps que cela s'arrête...

Une mise en garde à laquelle répond Bruno Le Roux, sur le même ton. Les frondeurs "tombent dans la facilité" sur fond d' "ambiance populiste", regrette-t-il, en leur lançant un "avertissement" et en se disant certain que "la majorité ne manquera pas à Manuel Valls". D'autres choisissent une autre stratégie et livrent leur propre lecture des chiffres du jour. "Ils étaient 100, puis 41, et là une trentaine. C'est un recul", calcule Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement.

"Ils ne savent plus ce qu'ils ont à faire", déplore Carlos Da Silva, porte-parole du PS et proche de Manuel Valls. "Il y a le temps du débat, certes, mais il y a aussi le temps de la solidarité lors des votes. A moins qu'ils ne considèrent plus la solidarité comme nécessaire à la réussite de la gauche au pouvoir... Il est temps que cela s'arrête."

Quelle est l'étape d'après pour les "frondeurs"?

Les "frondeurs" n'ont pourtant pas l'intention de laisser leurs revendications au placard pendant les prochaines vacances parlementaires. "Nous allons expliquer nos positions aux Français, dans les territoires. Il faut montrer qu'on peut être offensif et efficace sans renoncer à ses principes", glisse Christian Paul. Puis, viendra le temps des débats budgétaires pour le PLF et le PLFSS 2015. Il faudra un "infléchissement" alors, réclame Pascal Cherki.

Entre temps, les socialistes doivent se retrouver à La Rochelle pour la traditionnelle université d'été du PS, fin août. Les frondeurs auraient déjà prévu un rendez-vous en parallèle du programme officiel, comme le font les "chapelles" chaque année dans le centre-ville. La particularité de leur rassemblement: plusieurs "chapelles" y sont représentées avec des aubrystes (Paul, Germain), des ex-strauss-kahniens (Baumel) ou des partisans de l'aile gauche (Cherki, Amirshahi).

Un curieux attelage que David Assouline, responsable de l'organisation de l'UEPS au parti, mettait en garde dès lundi : "Les minorités les plus bruyantes sont déjà intégrées au programme. Pas question de faire passer d'autres messages, il faut jouer collectif." Pas sûr qu'il soit entendu. Pendant ce temps, dans les couloirs de l'Assemblée, où micros et caméras s'agglutinent autour des "frondeurs", un député de l'opposition laisse échapper un soupir. Et râle contre ce théâtre qui le "fait chier"... et qui ne fera même pas relâche pendant l'été.

Marie SIMON journaliste L’Express