Dans la Presse : Interview sur Metronews

Manuel Valls, la confiance molle

GOUVERNEMENT - Le Premier ministre a bien obtenu une majorité absolue - du nombre de votants - pour continuer à diriger le pays, mais les défections socialistes ont été plus nombreuses (32 abstentions) à ne pas voter la confiance du gouvernement. Si Manuel Valls se vante d'avoir une "majorité claire", les frondeurs préviennent qu'ils resteront mobilisés jusqu'au prochain vote du budget.

Leonard - Assemblée Nationale

Après un (faux) suspense intenable, Manuel Valls a, pour la deuxième fois depuis sa nomination à Matignon, obtenu la majorité lors du vote de confiance. Sur les 566 députés votants, 269 ont renouvelé leur confiance au Premier ministre et à son équipe gouvernementale, tandis que 244 élus ont voté contre et 53 se sont abstenus. Une confiance donc, mais bien affaiblie puisque 306 députés avaient voté pour le premier gouvernement de Manuel Valls le 8 avril dernier.

Tout au long de la journée de mardi, les frondeurs se savaient scrutés, et n'ont pas rechigné à se balader dans les couloirs de l'Assemblée pour expliquer leur choix de ne pas voter la confiance. "Après le discours de Manuel Valls, je reste sur ma faim. Je vais donc m'abstenir", expliquait le socialiste Christophe Léonard à metronews. Et de menacer : "Nous nous retrouverons pour le vote du budget 2015 car là il n'y a rien de très convaincant."

"Voter ni pour, ni contre, bien au contraire"

Manuel Valls a beau avoir insisté sur les menaces qui pèsent sur le pays - le terrorisme, le populisme, la déflation – et annoncé une hausse (très prévisible) des petites retraites, les 32 frondeurs n'ont pas été convaincus et menacent donc de renforcer les rangs pour les prochains votes décisifs. "Nous ne cherchons pas à faire tomber le gouvernement, nous ne sommes pas dans l'opposition, mais par nos votes, nous obligeons le gouvernement à entamer le dialogue", insiste le député PS Pascal Cherki. "C'est très inédit dans la Ve République qu’une trentaine de députés au cœur de la majorité s’abstiennent lors d’un vote de confiance. Valls devrait reconstruire les forces de la gauche. La majorité s'est rétrécie", préconise l'autre frondeur Christian Paul.

Mais les abstentionnistes pèsent-ils vraiment sur le gouvernement ? Depuis la naissance de ces frondeurs en avril dernier, Manuel Valls est en effet loin d'avoir infléchi sa ligne politique. Démission forcée d'Arnaud Montebourg, nomination de l'ancien banquier Emmanuel Macron à la tête du ministère de l'Economie, standing ovation du Premier ministre au Medef, suppression de la généralisation de l'encadrement des loyers, les mesurent critiquées sont de plus en plus nombreuses. Et pourtant, ils persistent à justifier cette position d'équilibriste. "S'abstenir, c'est voter ni pour, ni contre, bien au contraire", s'amuse l'écolo Barbara Pompili.

D'autres, à l'instar de Christophe Léonard, sont moins sûrs de leur choix : "Je n'ai pas le sentiment que l'on ne soit pas entendu. Peut-être que nos idées progressent, mais que le gouvernement ne le dit pas ouvertement. Quelle serait la politique du gouvernement, si nous n'étions pas là ? Personne ne peut le savoir, mais je crois que l'on pèse, enfin j'espère". Si Manuel Valls a concédé avoir une majorité "rétrécie", le Premier ministre s'est toutefois félicité d'avoir une majorité claire. N'en déplaise aux abstentionnistes, comme à l'opposition.

David Perrotin journaliste metronews – 16 09 14