Dans la Presse : Ouvrières, salariés et élus unis « pour ne pas laisser crever les Ardennes »

Vendredi soir, les associations ouvrières et des élus de gauche comme de droite ont lancé le projet d'une association commune pour fédérer toutes les bonnes volontés.

CL réunion ouvrière monthermé

L'ensemble des associations ouvrières et des représentants reconnus des entreprises Thomé-Génot, Oxame, Idéal Standard, Artis, Ardennes Forges, Raguet, Lenoir et Mernier-LCAB se sont réunis vendredi soir dans la salle des fêtes de Monthermé pour « ne pas laisser crever nos Ardennes ».

Ils avaient convié la classe politique à participer au débat. À l'occasion de la nouvelle année, les élus de tous bords avaient d'ailleurs manifesté leurs vœux de dépasser les intérêts personnels et politiciens, de travailler ensemble pour le développement des Ardennes.

La conjonction des uns et des autres débouche sur un projet d'association pouvant fédérer toutes les bonnes volontés pour défendre les salariés ardennais et sauver l'économie du département.

Pari réussi avec la présence de politiques de tous bords, les socialistes Christophe Léonard, Jean-Marie Meunier (conseil régional), Erik Pilardeau, Dominique Ruelle et le maire de Monthermé Alain Bernard, deux élus de droite, Pierre Cordier et Boris Ravignon, les communistes Sylvain Dalla Rosa, Michèle Leflon et Franck Tuot (conseil régional).

Les représentants de salariés, Claude Choquet et Philippe Larivière (Lenoir-et-Mernier/LCAB), Didier Petit et Jean-Louis Robinet (Raguet), Rémy Petitjean, Denis Coune et Stéphane Chrétien (Thomé-Génot et Ardennes Forge), avaient pris place à leurs côtés, ainsi que Xavier Médeau, l'avocat réputé dans la défense des salariés ardennais.

Dans un discours introductif, Bernard Delhaye (Artis) a lancé le débat : « Trop c'est trop, malversations financières, boursières, délocalisations… C'est un esprit de révolte qui nous anime devant le désarroi de toutes celles et ceux qui en sont victimes. C'est aussi une partie de notre savoir-faire qui est en voie de disparition. »

Très critique vis-à-vis de la classe politique, il tance les élus. Vos « fonctions vous ont conduit à vous couper de la réalité et des problèmes que rencontre l'ensemble de la population ardennaise ». Ajoutant : « Nous savons que des efforts financiers ont été faits avec l'attribution de subventions par les instances que vous dirigez et cela sans contrôle de l'utilisation de ces fonds. »

La démarche se veut concrète et constructive. « Nous allons vous soumettre des suggestions qui, à défaut de tout régler, peuvent permettre d'améliorer sensiblement la vie de tous les jours […] Nous attendons des actes forts et concrets pour lutter contre la désindustrialisation, enrayer le déclin démographique et redonner à la population des Ardennes l'envie de vivre et travailler au pays. »

Dans la salle, une soixantaine de personnes écoutent les interventions qui suivent chacune des onze propositions.

Les discussions ont été longues, parfois trop. Elles ont aussi été souvent politiques. La faute sans doute au grand nombre d'intervenants, mais peut-on reprocher que la cause des salariés ardennais ait pu susciter une telle mobilisation ?

Au gré des défections dans le public, c'est le sentiment qui dominait. Un salarié licencié de chez Drumel (Bogny-sur-Meuse) « attendait plus de concret. C'est trop politique », faisait-il remarquer.

Un ancien de Lenoir-et-Mernier rappelle qu'il « a fallu se démerder seul sans pouvoir compter sur les politiques ou si peu ». « Ce n'est que de la politique », reprochait un ancien Raguet, s'étonnant que la question des friches soit la priorité des élus, « plus que la situation des salariés ».

« Il aurait mieux fallu sauver des usines plutôt que d'acheter une école de foot ! » s'insurge de son côté un ex-Oxame.

Cette première réunion a eu le mérite d'avoir lieu. Le reproche fait aux élus ardennais de ne pas savoir dépasser leurs clivages a été en partie battu en brêche.

Ce ne sont que les prémices à la création d'une association destinée à fédérer les bonnes volontés. Bernard Delhaye explique que « la liste des participants n'est pas fermée. Je regrette toutefois l'absence de l'association des maires des Ardennes. La direction sera collégiale. Chacun apporte sa propre expérience et nous nous complétons. »

Une autre réunion devrait avoir lieu d'ici un mois. « Les questions sont posées. Il va falloir concrétiser », conclut Bernard Delhaye.

Mirko Spasic Journaliste L’Union L’Ardennais