Dans la Presse : Procès Thomé-Génot - Toujours dans l'attente du jugement

Le 6 février dernier, au tribunal de Reims, avait lieu le procès Thomé-Génot mais ce dernier a été renvoyé au 4 décembre 2015.

CL Thomé Génot

Le procès tant attendu de Thomé-Génot devait avoir lieu au tribunal de Reims à 9h, il est finalement décalé à 14h. Il devait se dérouler vendredi 6 février dernier, ce fut le cas mais après quelques discussions entre parquet et avocats, il a été reporté au 4 décembre 2015. Il faudra donc se montrer encore patient pour connaître le dénouement de cette tristement célèbre affaire des « patrons-voyous » et de l’ancienne société ardennaise.

Demande de renvoi accepté par les juges

Pourtant beaucoup de personnes avaient fait le déplacement, des anciens de Thomé-Génot, des élus tel que le député Christophe Léonard, ou simplement des personnes se sentant concernées par l’affaire comme l’écrivain Francis Laux : « Le tribunal avait convoqué quelques anciens, d’autres étaient simplement invités mais tous étaient là, avec leurs convictions. » Tous mais pas les deux principaux intéressés, les anciens patrons américains, Grégory Willis et Catherine Zickfeld. Ce sont donc leurs avocats qui les représentaient et qui ont déposé la veille du jugement « deux gros dossiers intégralement écrits en anglais… », soupire Francis Laux. Conséquence, les juges ont validé les réquisitions des avocats des patrons. Ceux-ci ont réclamé un complément d’information et l’examen des 19 points d’enquête afin d’obtenir, s’il y avait lieu, l’extraction des prévenus par les Etats-Unis. Les avocats des parties civiles ont souhaité, quant à eux, un renvoi pour prendre connaissance des nouveaux documents rédigés dans la langue de Shakespeare.

Gagner du temps pour préparer leur défense.

« La décision est raisonnable, il faut toutes les pièces pour que le procès ait lieu mais l’attente va être longue », confie l’auteur du livre De l’espoir aux larmes, relatant l’affaire qui a secoué Nouzonville et tout le département en 2006. Francis Laux poursuit, optimiste : « Il se passe quelque chose du côté des Américains, peut-être veulent-ils gagner du temps mais je ne crois pas qu’ils soient idiots. La peine encourue est lourde. Je crois qu’ils prennent l’affaire très au sérieux, le prochain procès devrait être intéressant. »

Un ancien ouvrier des ATG toujours remonté.

De son côté, Larry Serré, ancien employé de ATG, convoqué par le tribunal correctionnel de Reims est plus remonté : « J’ai trouvé l’argument des Américains scandalisant, ils parlent de vice de procédure, qu’ils n’ont pas pu être prévenus alors qu’ils sont partis comme des voleurs, sans laisser d’adresse ! » L’homme aurait même surpris une conversation pour le moins ironique entre deux des avocats de Willis et Zickfeld : « Ils se sont dits avec le sourire « C’est bien pour nous mais c’est moins bien pour les ouvriers ! » J’ai trouvé ça totalement déplacé. »

Alors que reste-t-il à espérer désormais ? Pour chacun, c’est la même réponse : « Nous demandons que la justice fasse son devoir et maintienne sa peine et que cette fois, elle soit appliquée », indique Larry Serré. En effet, lors d’un premier procès en 2009, les deux anciens patrons s’étaient vus condamner à cinq ans de prison ferme, cinq ans d’interdiction de gérer une société et à 20 millions de dommages et intérêts. Mais en raison d’incompatibilité entre les systèmes judiciaires français et américains, la peine n’avait pas pu être appliquée et les Etats-Unis ne pouvaient extrader leurs concitoyens. C’est pour cette raison que le député PS Christophe Léonard avait repris le dossier et s’est longuement impliqué dans cette affaire afin qu’un nouveau procès soit engagé à l’encontre des « patrons-voyous » de Thomé-Génot. Si son combat a été décrié par certains comme « un coup politique en vue des prochaines élections », Larry Serré et Francis Laux sont d’accord pour affirmer que « Le député Christophe Léonard a bien travaillé et que cela était nécessaire afin de relancer la procédure avant les délais de péremptions. »

En attendant décembre prochain et la possible résolution de cette interminable affaire des ateliers Thomé-Génot, débuté en 2006, Larry Serré demande à chacun de « rester toujours solidaire, même neuf ans plus tard pour que justice soit enfin rendue ».

Réactions après les propos de D. Langrenez

Dans une précédente édition, Dominique Langrenez, ex-président de l’association de soutien Les Anciens de Thomé-Génot, indiquait « ne rien attendre de ce procès qui n’est qu’un coup politique » et que de toute façon « les anciens salariés ont déjà été indemnisés ». A cela, Larry Serré répond : « Moi et mes collègues déplorons ce propos, ce n’est pas une question de prime ou d’argent, c’est une question de justice. » Egalement visé, le député Léonard souligne « On m’a accusé de me servir du calendrier, de ce procès pour faire briller mon image en vue des élections départementales. Le dossier est reporté au 4 décembre, les élections ne le seront pas, le calendrier avait peu d’importance pour moi contrairement à l’idée qu’une justice équitable soit rendue. »

Entretien avec Christophe Léonard

« C’est un nouveau premier jugement qui débute, la justice doit suivre son cours, même si c’est un peu long. Je porte un regard apaisé sur le procès, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Tout est maintenant en place pour que le jugement, quel qu’il soit, soit appliqué. Après je ne suis pas juge, les avocats demandent la relaxe pour leurs clients (Willis et Zickfeld), soit, je ne peux pas faire de commentaire là-dessus… Il sera temps en décembre de débattre sur le fond, ce qui n’a encore jamais été fait puisque les prévenus n’ont jamais assisté aux procès. Seront-ils là au prochain ? Je ne suis pas sûr mais cela ne change rien tant qu’ils sont représentés lors de l’audience. Mais je comprends que les parties civiles puissent vouloir entendre leurs versions des faits.

Il ne faut surtout pas oublier qu’une bonne justice ne doit pas être passionnelle mais se montrer relationnelle dans le respect des droits de la défense. Il faut pour cela prendre le temps nécessaire...

Cela dit, je me réjouis des personnes présentes au procès, les anciens ouvriers ont bien suivi, maintenant il s’agit de faire confiance aux valeurs de la France, à la liberté, l’égalité et la fraternité, présentes dans la justice de la République."


Alexandre Haute-Pottier Journaliste La Semaine des Ardennes – 12 02 2015

Droit de réponse

Monsieur Grégory Willis et Madame Catherine Zickfeld, qui ne sont pas des « patrons voyous », entendent démontrer le plus rapidement possible leur innocence. C’est pourquoi ils ont été particulièrement surpris de lire dans votre contre-rendu de l’audience du 6 février 2015 qu’ils auraient, par mon intermédiaire, réclamé un complément d’enquête portant sur 19 points d’enquête.

C’est au contraire le Procureur qui a fait cette demande de complément d’enquête et je m’y suis fermement opposé. Je m’y suis opposé parce qu’une telle demande intervient dix ans après les faits, alors qu’on en est encore au stade de la première instance.

Je m’y suis opposé parce qu’une juge d’instruction a fait une enquête approfondie et que le Procureur aurait pu lui demander ce complément. Je m’y suis opposé parce qu’une telle demande du Procureur, dix ans après les faits, est contraire aux intérêts de la défense, des parties civiles et de la société dans son ensemble qui ont le droit à ce que cette affaire soit jugée dans des délais raisonnables.

J’ai fait appel de cette décision de complément d’enquête, mais la Cour d’Appel a refusé d’entendre mon appel.

Il sera précisé que ce complément d’information devra être exécuté par l’intermédiaire d’une commission rogatoire internationale aux Etats-Unis, que cela pourra durer des années et que la justice devra se faire encore longtemps attendre. Mais, ce n’est pas le fait des avocats de la défense, mais au contraire du Procureur qui doit en assumer la responsabilité.

Stéphane Bonifassi, avocat de Grégory Willis et Catherine Zickfeld