Mes prises de parole : Décision budgétaire modificative n°2 pour 2008

Monsieur le Président,

Nous siégeons ce matin en séance plénière pour examiner le projet de décision modificative budgétaire N°2 pour l’année 2008.

CL  prise de parole CG

Purement technique, ce projet d’ajustement n’appelle pas de commentaires particuliers.

C’est pourquoi, je souhaite alors que nous accueillons Anne BARON au sein de cet hémicycle plutôt vous parler des Ardennes.

Notre département va mal à la fois en terme d’emplois, de pouvoir d’achat de ses habitants et de ses perspectives économiques.

Les chiffres sont là pour nous le rappeler.

Premièrement, avec un taux de chômage aux alentours de 9,9%, les Ardennes se situent 2,7 points au dessus de la moyenne nationale, soit 10 372 ardennais qui n’ont pas exercé une activité de + de 78 heures dans le mois et qui recherchent un CDI à temps plein.

Cette situation n’est toutefois pas homogène sur le territoire puisqu’elle se fonde sur des disparités géographiques fortes avec un secteur Rethel /Vouziers quasiment dans la moyenne nationale alors que la Vallée de la Meuse est 5 points au dessus sans compter la fermeture à venir du Centre d’entraînement commando de Givet.

Elle frappe en outre durement les moins de 25 ans (3,5 points au dessus de la moyenne nationale) et les chômeurs de longue durée (5 points au dessus de la moyenne nationale).

Ce triste bilan est la conséquence de la disparition de 3400 emplois salariés sur 6 ans dans l’industrie (soit une baisse de 11% de l’emploi industriel) alors que les services n’en gagnent parallèlement sur la même période que 1350.

Deuxièmement, le revenu moyen par foyer fiscal est inférieur de 18% à la moyenne nationale, soit près de 3000 € de moins à gagner par an et par foyer, quand paradoxalement le nombre de déclarants à l’Impôt Sur les grandes Fortunes (I.S.F.) dans notre département s’est accru de 46% en 4 ans.

Troisièmement, les perspectives économiques à court et moyen terme sont très délicates dans les secteurs industriels liés au bâtiment tels que les parquets et revêtements de sols de toute nature, le conditionnement de visserie, mais aussi dans l’automobile et l’électroménager dont on sait que de nombreuses entreprises ardennaises sont dépendantes.

Au final, l’état de santé économique de notre département se dégrade inexorablement et les inégalités se creusent chaque jour davantage avec d’un côté une majorité d’ardennais de plus en plus pauvre et de l’autre côté une infime minorité de plus en plus riche.

Cette injustice sociale est inacceptable.

Nous devons donc y répondre et la corriger.

A défaut, cette désespérance sociale sera porteuse de graves tensions et par conséquent de violence dans notre société.

Je lance donc un appel à notre assemblée pour qu’elle se remette en cause et réinterroge sa politique économique et sociale, car ce n’est assurément pas quand l’économie va mal qu’il faut restreindre l’accompagnement social auprès des personnes qui souffrent.

Les Ardennes ont en effet besoin d’un projet économique structurant et lisible à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières pour les investisseurs.

Ce projet pour être efficace doit se construire en partenariat avec l’ensemble des acteurs économiques de notre département au premier rang desquels figurent les chefs d’entreprises, mais aussi avec les acteurs institutionnels et politiques dont nous sommes.

Or, élu depuis bientôt six mois, je constate que la Commission des Affaires économiques, du tourisme et de l’agriculture au sein de laquelle je siège ne sert à rien ou si peu. Elle s’est en effet réunie en tout et pour tout 3 fois depuis le 20 mars dernier pour n’y aborder aucun sujet de fond à l’exception de l’examen de la Charte pour la préservation du patrimoine et le développement de l’hébergement touristique des communes rurales ardennaises.

Ainsi, pas plus que la Commission Permanente, elle n’a été consultée sur les possibilités de reprises de l’entreprise Lenoir et Mernier, sur le dossier GTS à Régniowez, sur la candidature ardennaise à un EPR, sur les mesures financières d’accompagnement négociées à Paris dans le cadre du maintien du 3ème Régiment du Génie à Charleville-Mézières ou plus récemment sur l’examen des projets de reprise du domaine des Poursaudes.

J’en tire par conséquent la conclusion partielle que la définition de la stratégie de la politique de développement économique et touristique conduite par notre collectivité qui représente plus de 20 millions d’euros de dépenses par an, investissement et fonctionnement confondus, échappe pour partie à ses représentants élus pour se décider ailleurs en petit comité dans le secret des bureaux.

A cela s’ajoute la lourdeur administrative à laquelle l’on est confronté pour accéder à l’information dont il est pourtant légitime que l’on soit destinataire.

Enfin, l’absence cruelle de moyen de fonctionnement pour les élus départementaux et notamment de l’opposition dont je suis s’apparente à une entrave au bon accomplissement du mandat confié par les électrices et les électeurs.

Pour autant, Monsieur le Président je veux rester positif, vocable en vogue actuellement dans les sphères parisiennes.

En effet, les pistes de réflexion pour réorienter notre politique économique départementale sont connues :

  • lutter contre l’émiettement et le saupoudrage de nos crédits, quand notre population est inférieure à celle de la ville de Reims, pour mettre en oeuvre un environnement économique attractif sur la base d’un schéma de développement cohérent notamment autour du pôle urbain Charleville-Sedan,
  • faciliter la transmission et la création d’entreprises par la mise en place d’un fonds départemental d’aide à l’investissement,
  • proposer dans les zones industrielles et artisanales de notre territoire des bâtiments clés en main,
  • faire de nos atouts paysagers et environnementaux un levier économique, en valorisant nos sites et en résorbant nos friches industrielles. A cet égard, la voie verte Givet- Charleville-Mouzon doit devenir l’épine dorsale du tourisme ardennais avec les débouchés économiques et de création d’emplois qui vont avec, car le tourisme c’est aussi de l’emploi.

La situation économique difficile de notre département dont vous présidez aux destinées depuis le 1er avril 2004 avec votre majorité réclame un changement de méthode.

Une autre politique est possible.

Elle consiste à donner la priorité absolue au développement économique et à l’emploi, dans un département solidaire, soucieux de sa jeunesse, respectueux de son environnement et dans un cadre de vie culturel et sportif dynamique.

Alors que le débat sur les orientations budgétaires de notre collectivité pour l’année 2009 interviendra bientôt, il est urgent de faire bouger les choses Monsieur le Président, et de fédérer pour cela toutes les énergies.

C’est de l’intérêt des Ardennes et des ardennais dont il s’agit.

Voilà l’adresse et l’appel amical que je voulais vous lancer ce matin.

Merci de votre attention.

Christophe LEONARD

Conseiller Général des Ardennes

Canton de Charleville-Centre