Dans la Presse : Pour Christophe Léonard, la participation de Benoît Hamon au gouvernement n'est pas une voie de garage

On a peut-être trop rapidement enterré l’actuel ministre de l’Education en l’opposant au tonitruant Arnaud Montebourg et son « discours de Bercy ». Certains imaginaient déjà le remuant ministre du Redressement productif profiter de la place laissée vacante. Sauf que parmi les frondeurs et les composantes de l’aile gauche du Parti socialiste, Benoit Hamon reste encore une personnalité appréciée et écoutée. Alors homme de la défaite continuelle ou fin stratège ?

Benoit HAMON

« Je serais le dernier à juger ses choix personnels » nous confie Jérôme Guedj, Président du conseil général de l’Essonne. Pourtant, lui comme ses camarades de l’aile gauche qui, en 2008, avaient participé à la création du courant « Un monde d’Avance » lors du congrès de Reims en 2008, un rassemblement de l’aile gauche du parti qualifié « d’évènement historique » par un Jean-Luc Mélenchon encore encarté, pourraient légitimement critiquer les choix de Benoit Hamon. Accepter le porte-parolat dès 2008, ne pas se présenter aux primaires du Parti et enfin accepter un maroquin au sein du gouvernement de François Hollande, sont autant de choix qui ont contraint ses camarades à mettre en sourdine leurs velléités. Ils avaient même dû un temps se résoudre à un silence gêné lors des premiers mois du quinquennat de François Hollande.

Tout au plus Liêm Hoang-Ngoc, ancien député européen et proche d’Henri Emmanuelli, explique que l’homme « a loupé plusieurs rendez-vous avec l’histoire ». Pour l’économiste post-keynesien, l’attitude de Hamon « qui a négocié » son ministère est « une erreur. Il joue l’intégration dans l’axe majoritaire. Mais c’est surtout le fait qu’il soit dans ce gouvernement avec un Hollande qui dit que sa ligne c’est le blairisme qui gêne ». Pour l’ancien élu européen, l’ex chef d’ « Un monde d’avance », aurait fait « le choix de gérer son ascension dans le cadre contraint de la 5ème république » ce qui a « dilapidé 10 ans de travail pour fédérer l’aile gauche du parti ». Il faut rappeler que Liem Hoang-Ngoc au delà du positionnement politique a de quoi garder une petite rancœur. Initialement prévu pour être tête de liste aux européennes, c’est finalement Guillaume Balas, l’homme de Hamon qui gère le courant « Un monde d’avance » depuis 2012, qui a été investi à sa place.

UN BILAN MINISTÉRIEL POSITIF

Au contraire pour Christophe Léonard, député des Ardennes et un temps le « seul vrai frondeur du P.S », le passage de Benoit Hamon au ministère de l’économie sociale et solidaire est plutôt « un sans faute » sur le plan politique. Même constat pour Jérome Guedj qui considère « qu’à Bercy, il y a eu une continuité sur les sujets qu’on avait lancé. Même si, sa communication sur son action s’est heurtée au plafond de verre de celle du gouvernement ». Le député des Ardennes trouve quant à lui « salutaire » cet apprentissage en tant que ministre. Surtout ce choix de rentrer dans le gouvernement s’explique « par la volonté d’agir sur le quotidien des français. Il a eu l’opportunité de devenir ministre et d’impacter le réel ». L’élu réfute même l’idée que sa présence au sein du gouvernement ait pu empêcher quoi que ce soit. « Sur le TSCG ou sur l’ANI on ne s’est pas empêché de s’opposer » rappelle-t-il. Effectivement, dés 2012 ils sont une vingtaine à voter contre la ratification du traité européen. On retrouve Pouria Amirshahi, Fanely Carrey-Conte, Pascal Cherki ou encore Mathieu Hanotin. Neuf s’étaient abstenus sur le texte dont Olivier Dussopt. Sur la loi relative à la sécurisation de l’emploi, 6 votaient contre dont Christophe Léonard et 35 s’abstenaient. Des positions qui annonçaient le mouvement des « frondeurs ».

« On ne peut pas lui en vouloir d’avoir voulu montrer que la gauche ne se contente pas de n’être que dans l’opposition » estime quant à elle la Sénatrice Marie-Noelle Lienemann. « C’est pas totalement absurde si on rentre dans le gouvernement pour y faire quelque chose » ajoute-t-elle. Comme le député Léonard, beaucoup s’accordent à dire que son action comme ministre délégué n’a rien de honteux. « Sa loi sur la consommation avec les actions de groupe, le renforcement de la DGCCRF et sa gestion de la crise des lasagnes au cheval roumain sont même les seules actions qui ont permis de dire que ce gouvernement était encore de gauche » nous glisse, moqueur, un élu de l’aile gauche. Surtout, « si avant il avait une légitimité dans l’appareil militant, maintenant il a acquis une stature d’homme d’état » analyse Razzy Hammadi, un proche de Benoit Hamon. « Il montre qu’il n’est pas enfermé dans un courant et que malgré tout, il garde une capacité d’indignation intacte, un attachement viscéral à la famille socialiste et une éthique de responsabilité » précise-t-il. Le député de la Seine-Saint Denis serait presque en train de nous décrire le profil du parfait Premier secrétaire du Parti socialiste. Un pur hasard ? Pas forcément aux yeux de l’un des signataires de l’Appel des cent qui nous explique que Benoit Hamon se verrait bien à cette place.

C’est que l’actuel ministre de l’Education « un ministère très important » nous rappelle-t-on sur les bancs des frondeurs, n’a pas coupé les ponts avec ses anciens camarades. Bien au contraire, il reste toujours très accessible. Que ce soit avec ceux qui sont dans la fronde ou en dehors. « Hamon leur passe beaucoup de coups de fil » nous souffle un brin mystérieux un membre du Bureau National.

UN COURANT ET UN RÉSEAU D'ÉLUS

D’autant qu’il dispose toujours de plusieurs atouts. D’une part il a réussi à placer plusieurs de ses proches aux législatives et aux européennes. Nombres d’entre eux sont les plus remuants au sein des « frondeurs ». Autre élément, depuis son soutien à Harlem Désir, aucune personnalité socialiste n’a encore réussi à le remplacer. Emmanuel Maurel, vice-président du conseil régional d’île de France, qui un temps était préssenti pour reprendre le flambeau peine à s’imposer. Preuve en est, la mystérieuse candidature au poste de premier secrétaire du Parti de Sylvain Mathieu, premier fédéral de la Nièvre, face à Jean-Christophe Cambadélis, qui 24 heures avant « n’aurait jamais envisagé cela ». « Une candidature consensuelle », « qui va bien au delà de l’aile gauche » déclaré Emmanuel Maurel. Pour un socialiste ayant participé au discussion sur cette candidature, la vraie raison est que Guillaume Balas ne voulait pas d’une candidature « trop personnalisée » et menaçait d’aligner son propre candidat. Une manœuvre pour garder une place chaude ? « Absolument pas » se défend ce dernier. Enfin, comme le précisait Razzy Hammadi, Benoit Hamon pourra se prévaloir d’une expérience d’homme d’Etat.

Si beaucoup de ceux qui s’étaient rangés à ses côtés en 2008 regrettent toujours certains de ses choix comme Jérôme Guedj qui considère que « si Benoit n’était pas entré au gouvernement, il aurait surement était le leader naturel des frondeurs » ou comme Guillaume Balas qui regrette « qu’en rentrant à l’Education il est cantonné à ne plus parler des sujets économiques et sociaux » aucun ne lui jettent l’anathème… en tout cas pour l’instant.

Car sa présence dans le gouvernement Valls commence à poser problème comme l’analyse Marie-Noëlle Lienemann, « tous ceux qui vont rester derrière Valls auront du mal à se positionner par la suite ». Enfermé au ministère de l’Education où on ne peut pas dire qu’il fasse des merveilles, avec l’impossibilité d’exposer son point de vue sur les orientations économiques du gouvernement, Benoit Hamon risque à terme d’être totalement assimilé à ces politiques. Le véritable danger n’est donc pas un Montebourg « qui a découvert l’économie depuis 3 ans » raille un responsable socialiste. Pour espérer tirer son épingle du jeu, l’actuel Ministre de l’éducation nationale, si François Hollande continue sur son cap, devra envisager un moyen « radical » de se démarquer de cette politique. Par exemple de claquer la porte du gouvernement ou de prendre ouvertement position.

À défaut, ses anciens camarades risquent bien de lui en tenir rigueur, son électorat aussi. Surtout que Martine Aubry, à l’occasion de la réforme des régions, s’est décidée à donner de la voix. Car si pour l’instant ses critiques ne concernent que des enjeux locaux, pas sûr que la « dame de Lille » ne s’empêche de saisir une opportunité. Un de ses proches nous confiait dernièrement qu'elle est le genre « de personne qui ne fuit pas ses responsabilités ».

Bruno Rieth Journaliste Marianne le 4 août 2014

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