Prise de parole: Hommage rendu à Jean Jaurès

Chers Camarades Socialistes, Communistes, Syndicalistes, Libres-penseurs, Coopérateurs, Membres de la Ligue des Droits de l’Homme, Mesdames, Messieurs en vos titres, grades et qualités, Chers amis,

cl hommage jaures1

Nous voici rassemblés comme l'étaient hier nos prédécesseurs le 5 août 1923 place de la République à Revin lors de l'inauguration de la statue de Jean Jaurès au terme d’une souscription ayant recueilli un large consensus populaire y compris au travers de collectes effectuées dans les mariages.

Ce monument érigé en l’honneur de ce soldat de la civilisation et de l’humanité né à Castres le 3 septembre 1859 célèbre tel qu’il y est inscrit l’apôtre de la paix.

Commémorer la paix, alors que les prémices de la deuxième guerre mondiale se mettent déjà en place du fait de l’occupation militaire de la Ruhr par la France le 11 janvier 1923, tel est en effet l’espoir des Ardennes frontalières au sortir du cauchemar de la guerre de 1914-1918 et de ses 4 années d’occupation allemande après les 3 années d’occupation prussienne qui ont suivies la guerre de 1870.

Mais le choix d’implantation à Revin a également valeur de symbole dans cette première municipalité socialiste du département après le succès électoral aux élections municipales revinoises de 1892 obtenu par la liste du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire suite à la grève de 4 mois des 700 ouvriers de l’usine du patron et Maire de l’époque Henri Faure.

Nous sommes donc aujourd’hui réunis sous le regard de Jean Jaurès, immortalisé par ce monument issu de la volonté du Peuple du gauche ardennais, traumatisé par l’occupation féroce de la Grande Guerre et pressentant déjà la barbarie à venir, pour rendre hommage à l’homme de paix, l’ami des ouvriers, l’homme de Carmaux, le député socialiste et le fondateur du journal l’Humanité…

Comment, en ce jour, cent ans après qu’il soit tombé sous les balles de Raoul Villain le 31 juillet 1914 au Café du Croissant à Paris, ne pas faire le constat de l’incroyable actualité de son message ?

Sa quête de justice sociale reste au cœur des enjeux de notre société alors que nous vivons une mondialisation en proie à l’individualisme, à l’avidité de la finance et de sa volonté insatiable de profits comme Electrolux nous en donne malheureusement ici la preuve par l’exemple, la crise frappe.

Aujourd’hui, la crise frappe. Elle est économique, sociale, institutionnelle. Elle est cause des difficultés d’emploi, de la précarité grandissante et de la perte de repère de nombre de nos concitoyens. Mais, que l’on ne s’y trompe pas, la justice et le progrès restent et demeurent le combat des femmes et des hommes de gauche dont ils fondent la légitimité face à ceux qui avancent masqués, citant Jaurès pour certains, pour d’autres habillant leurs discours des mots de gauche pour mieux pénétrer les esprits de leur idéologie nauséabonde.

Souvenons-nous de l’héritage que nous à léguer Jaurès au travers de ses idées, bien sûr, relayées par le journal l’Humanité qui depuis 1904 tisse un lien entre les générations et aujourd’hui encore apporte ses analyses dans la cacophonie médiatique qui caractérise notre époque. Mais aussi de ceux qui ont continué sa lutte, du Front Populaire libérateur des travailleurs au Conseil National de la Résistance fondateur d’une société nouvelle et d’un modèle social qu’aujourd’hui les puissances de l’argent ne cessent de vouloir mettre à bas au nom d’une prétendue modernité.

Alors, ici et maintenant, partageons collectivement cette fierté d’appartenir à un mouvement de pensée dont Jaurès est l’une des figures tutélaires, à un groupe de femmes et d’hommes, jeunes et moins jeunes qui s’engagent pour résister aux forces qui séparent, celles qui apportent la récession, le replis sur soi, la peur de l’autre et enfin la guerre comme l’Ukraine et le Proche-Orient en sont victimes actuellement.

Pour illustrer mon propos, je souhaite vous donner lecture de courts extraits du discours que Jean Jaurès prononça le 30 novembre 1913 à Charleville en faveur de ses idéaux de paix et de solidarité. Extraits reproduits dans l’ouvrage publié en avril 2014 aux Editions Privat par Didier Bigorgne et intitulé « Jaurès dans les Ardennes » dont je ne saurais trop vous recommander la lecture. Didier Bigorgne dont je salue la présence parmi nous. Ce 30 novembre 1913 à la salle du gymnase de Charleville, Jean Jaurès succédant à Charles Boutet puis à Albert Poulain à la tribune, eut ces mots :

  • « La bourgeoisie capitaliste s’effrayant des progrès réalisés par le socialisme (…) » voudrait « substituer à cet idéal de paix et de solidarité un idéal plus bas faisant appel à l’égoïsme, à l’orgueil des individus et transformer ainsi la Patrie en réveillant dans son sein les idées plus rétrogrades, les sentiments complètements dépourvus de générosité. L’Europe aurait pourtant besoin de toutes ses ressources pour assurer un fonctionnement plus large de ses œuvres sociales. »
  • « Seules la solide organisation, la conscience éclairés des peuples seront capables d’arrêter la course à l’abîme dans laquelle les gouvernement sont entrainés. Qu’en face les puissances de réactions, qu’en face le désordre, le despotisme, la ruine et la barbarie, tous les peuples se dressent pour hâter l’avènement de la justice sociale. »

Pour conclure, et au-delà du nécessaire devoir de mémoire et de commémoration, je nous invite à nous inscrire collectivement dans la modernité du message de Jean Jaurès pour en conscience et avec ardeur y puiser la force de servir sans relâche notre idéal de liberté, de justice sociale et de fraternité universelle.

Merci de votre attention